Un livre qui ne cesse de me surprendre à chaque relecture. Toujours cette impression frappante qu'il a été écrit hier pour mieux coller au présent. Le livre ayant aujourd'hui son siècle bien à lui.


La Crise du Monde Moderne reste ce livre qui représente le mieux la pensée de René GUENON où il dénonce la dégénérescence de la civilisation occidentale moderne et le recul des principes spirituels universels ayant doucement reculés dès la fin du moyen-âge pour s'accélérer et être totalement consommés/effacés arrivé au début de ce 20e siècle.


René GUENON oppose la Tradition Primordiale (une Tradition très mal comprise, la tradition elle-même étant souvent chose étrange pour le moderne) au rationalisme, à la laïcité, au scientisme et à la perte du sens du sacré.



Je me rends compte en relisant ce livre qu'il existe différentes versions de ce dernier. Par exemple, des sujets qui me semblaient arriver plus loin dans ma lecture étaient présentés, ici, dès l'Avant Propos et les premiers chapitres.

Après renseignement, celle que j'avais jusqu'alors lu était l'édition de référence, édition Gallimard, validé de son vivant par René GUENON.

Il existe plusieurs éditions (en ligne ou autoédition) et des éditions qui changent ce chapitrage pour différentes motivations (contenu réorganisé pour mieux correspondre à une structure académique par exemple).



L'ayant relu il y a quelques jours et que j'y cogite encore un peu, je me risque à une tentative de résumer chaque chapitre, faire le tri entre ce qui m'a sauté aux yeux au moment de sa lecture, sur ce qui bout encore en tête et garder une trace pour une prochaine relecture et me prêter à une future comparaison (voir si mon analyse du livre arrive encore à me surprendre ... où si je perds tout simplement la mémoire):


  • Dès l'Avant Propos, nous avons une présentation de la pensée traditionnelle (hindoue en particulier) tout en mettant l'accent sur un cadre cyclique des temps (central dans la pensée de R.GUENON).

  • Au chapitre suivant, il établit une opposition radicale entre:

- l'Orient: qu'il identifie à des civilisations traditionnelles, centrées sur la métaphysique, la connaissance des principes spirituels et l'idée d'une vérité intemporelle

- et l'Occident moderne: au moment de la rédaction du livre déjà totalement tourné vers l'action, la matière, la science profane au détriment de toute vision supérieure ou spirituelle (comme pour faire écho à cette expression bien connue: "science sans conscience n'est que ruine de l'âme")



  • Ensuite, au chapitre suivant, il expose une hiérarchie fondamentale: La connaissance est supérieure à l'action.

- La connaissance (au sens métaphysique) est une activité contemplative (qui permet de se relier aux principes universels)

- L'action, manifestation inférieur, liée au monde extérieur, à la matière, et donc subordonnée à la connaissance.

Dans le monde Moderne, cette hiérarchie est inversée. L'esprit moderne glorifie l'action, le mouvement (ce que Philippe GRASSET, dans son livre "La Grâce de l'Histoire", qualifiera de déchainement de la matière avec l'un de ses paroxysmes lors de la Grande Guerre 14-18 et l'explosion de la matière vivante ou non)


Aussi, pour R.GUENON, la vraie connaissance n'est pas intellectuelle (au sens analytique) ou académique, c'est une intuition supérieure directement liée aux principes universels. Une forme de réalisation intérieur, de réintégration dans l'ordre supérieure. Et c'est là qu'on comprend encore mieux l'attrait qu'ont les hermétistes contemporains pour l'auteur.


Autre petite parenthèse. Ayant récemment lu "L'Alchimiste" de Paulo Coelho, je ne peux m'empêcher de repenser au berger Santiago ayant quitter son petit train-train pour un long voyage en direction des pyramides suite à des "hasards de la vie" et une intuition supérieur. Il passe le plus de son temps à contempler la nature, le désert, il vit des moments de silence intérieur (tout en regardant les étoiles, en méditant sur sa bien-aimée), il se dépouille de ses attachements, de ses peurs, de ces illusions avant de finalement se réaliser. Par la contemplativité, il s'éveille à la dimension spirituelle du monde, il apprend à écouter son cœur (son intuition intellectuelle) et il commence à voir l'Unité derrière la multiplicité ... Première fois que j'arrive à mettre des mots sur ce livre après l'avoir lu. A l'instant, en pensant à la contemplation transcendantale cher à René GUENON, je comprends mieux le berger.


Mais je m'égare.



  • Au chapitre suivant, l'auteur oppose:

- la science sacrée (fondée sur la Tradition, orientée vers la connaissance des principes métaphysiques). Elle est symbolique, transmise par initiation ou révélation.

- à la science profane (moderne, détachée de toute perspective supérieure, limité au monde matériel et fragmenté)

Il s'agit d'une connaissance purement quantitative et analytique. C'est une science qui ignore les causes premières et les fins ultimes.



  • Arrive un chapitre sur L'Individualisme.

Individualisme non pas au sens moral ou sociologique mais dans une négation de tout principe supérieur à l'individu (le moi avant Dieu). L'idée qu'un individu peut fonder son savoir sans référence à une autorité transcendante. C'est l'histoire d'une personne qui étudie un sujet sur toutes ses formes mesurables, étudiera ses propriétés et appliquera des formules, mais jamais il ne saisira l'essence du sujet et sa place dans l'ordre des choses (j'interprète).



  • Le chapitre suivant fait suite au sujet sur l'individualisme mais appliqué à une société.

- Dans une société traditionnelle, il existe une organisation hiérarchique, une morale (une autorité sacrée au sommet) et un ordre fonctionnel (des métiers, des castes, etc).

- Dans une société moderne, la hiérarchie est inversé ou renversé (plus d'autorité sacrée), la morale est celle qui est dans l'air du temps, l'ordre qualitatif (aristocratie, au sens d'élites dans des domaines respectifs) laisse sa place à des critères purement quantitatifs (richesse, majorité, opinion, etc... En somme, une démocratie avec tout ce qu'il y a de beau, de juste et de merveilleux) (sarcasme mal placé).

Si je devais en tirer un résumé bref de cette partie, je dirai "une société moderne sans principes supérieurs est condamnée à être instable et tiré vers le bas".


  • L'auteur revient sur la civilisation occidentale.

Centrée la productivité, l'efficacité, l'action (le magnifique triptyque pour gagner bien des guerres et partir à la conquête du monde. Fait écho à cette Europe qui dès la fin du 15e est partie à la conquête du Monde et l'a totalement dominé arrivé au 19e)

Cette même civilisation organise le monde uniquement en vue du progrès matériel en oubliant la finalité spirituelle de l'existence humaine.

Industrialisation à outrance, fascination du progrès technique et illimité ne rend pas les hommes meilleurs ni plus sage et les conditionnent en les enchaînant à des systèmes artificiels, tout en les rendant dépendants à un confort de vie tout en les exposant à une vie bruyante, à 100 à l'heure, instable qui ne laisse pas de place à la contemplation.


A la fin, l'homme ne sait plus pourquoi il vit, il ne sait seulement produire et consommer.



  • Le chapitre suivant traite de sujets encore d'actualité.

Colonisation, occupations, impérialisme économique et la diffusion du monde occidental et de ses valeurs à travers le monde. Sur ce point, je pourrai m'avancer sans trop me tromper que c'est mission quasi accomplie.

L'envahissement occidental au fil des siècles aura permit la diffusion d'un modèle vide de spiritualité, dissout les traditions locales et plongé le monde dans un terrible chaos matérialiste.



Le livre se terminant sur différentes considérations (en énumérant la totalité des points du livre) et insiste qu'il ne s'agit nullement d'une crise partielle mais totale de civilisation et qu'elle s'inscrit dans la fin d'un cycle (le kali-yuga).

Deux chemins sont alors possibles, l'effondrement ou le sursaut.



René GUENON voit la modernité comme une régression civilisationnelle dont les symptômes premiers sont le matérialisme, l'individualisme, la science profane et le recul du sacré dans toute chose (perte du sens métaphysique). Une modernité envahissante mais vide.




Et l'on comprend mieux aussi pourquoi la lecture de ce livre parle encore aujourd'hui à tant de monde. Il raisonne dans ce vide.

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le 15 juin 2025

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