Malgré sa brièveté (34 pages), « La désobéissance civile » (« Civil disobedience ») (1849), écrit à 32 ans, par l’Américain Henry David Thoreau (1817-1862) est un livre important, dans la lignée du « Discours de la servitude volontaire » (court également avec ses 49 pages), écrit à 18 ans, par le Français Etienne de La Boétie (1530-1563). C’est un texte fondateur de la doctrine énoncée par le titre et qui a été repris par d’autres, préférant une action politique pacifique à la violence (trop souvent mise en avant, imitée et valorisée), tels Gandhi (1869-1948) ou Martin Luther King (1929-1968), eux-mêmes victimes de la violence, et Nelson Mandela (1918-2013). L’avantage de Thoreau est d’être concis, ne se considérant pas comme un théoricien mais comme un homme pratique. En juillet 1846, à 29 ans, il refusa de payer l’impôt (poll tax) à l’état américain car ne voulant pas que son argent serve à l’esclavage (qui sera aboli en 1863 par Abraham Lincoln) et à la guerre contre le Mexique (1846-1848) (à la suite de l’annexion du Texas, en 1845, par le congrès américain), et se retrouva en prison pendant une nuit (libéré ensuite grâce à sa tante qui paya 6 ans d’arriérés d’impôts locaux). Il aime avant tout la liberté : « Le meilleur gouvernement est le gouvernement qui gouverne le moins ». C’est un individualiste (sans négliger l’action collective), car pour lui, « L’Etat doit reconnaitre l’individu comme une puissance supérieure et indépendante ». C’est un homme droit et de principes : « Il me coûte moins à tout point de vue de subir le châtiment encouru pour avoir désobéi à l’Etat qu’il m’eut coûté d’y obéir ». Il n’est pas égoïste car pour lui, « Il est moins souhaitable de cultiver le respect de la loi que le respect du bien moral. Sa seule obligation est de faire ce qu’il pense être le bien ». L’efficacité prime pour lui : son incarcération est contre-productive : « Je m’étonnai du fait que cette institution ait pu conclure, au terme de sa réflexion, que c’était là le meilleur usage qu’elle pouvait faire de moi, et qu’elle n’ait jamais pensé user de mes services en aucune autre manière ». Il se méfie de la démocratie car « L’action des masses ne recèle que fort peu de vertu ». Son argumentaire est toujours d’actualité et distingue le légal du légitime : « Il est des lois injustes : devons-nous tout simplement leur obéir, ou devons-nous entreprendre de les amender, et leur obéir jusqu’à ce que nous ayons obtenu gain de cause, ou bien encore devons-nous les transgresser d’emblée ? ». La difficulté est de savoir qui détient la vérité (si tant qu’elle existe !) : un petit nombre, éclairé, lanceur d’alertes, ou la majorité dont les avis sont pondérés par leur nombre ?