Voilà une note qui étonnera peut-être. Mais si l'on s'en tient au texte...

Il est très lourd.

La faute à la traduction?

C'est traduit par un universitaire, et sa postface usant du même style m'incite à penser que le problème vient de là. La langue est surchargée. Surtout ces éternelles inversions dans les subordonnées, qui donnent un caractère très ampoulé.

Un peu comme si maître Yoda était le traducteur.

Et puis, je l'ai en édition stock. Une édition qui, souvent, n'est pas avare de coquilles.

Le roman en soit, c'est bien. Nous suivons un professeur dont la vie n'a pour but que de trouver une nouvelle espèce d'insecte. Un champ d'étude que Abe Kobo connaît bien. Le professeur va se retrouver piégé par des villageois, et sera retenu prisonnier par un trou dans le sable, qu'on lui demande alors de travailler à le mettre dans des sacs.

On compare souvent cela avec une situation kafkaïenne. Kafka a bon dos, comme toujours. En fait, à le relire, il n'en est rien : les personnages de Kafka, baladés dans un univers qu'ils ne comprennent pas, sont les jouets d'une situation dont ils ne savent comment s'extraire. Ici, la volonté du personnage est tendue vers son évasion, sur comment sortir du trou. La situation est donc on ne peut plus claire.

Sauf qu'il y a la femme. Celle du titre. Elle, elle vit dans ce trou. C'est l'une des villageoises. L'homme va être troublé par cette présence. S'instaure une relation ambigüe, faite autant d'attirance que de répulsion.

Au final, La femme des sables s'avère plus un roman sur la condition humaine qu'un roman d'évasion. Dépouillé de son vernis civilisationnel, l'homme retrouve très vite ses instincts primaires. C'est alors qu'il s'adapte enfin à son environnement (le piège à corbeaux et la découverte qui s'ensuit), retrouvant une ingéniosité naturelle.

C'est, en définitive, le roman de l'homme face à un environnement hostile. Coupé de son environnement de son propre fait, "l'homme civilisé"ne se retrouve plus que face à lui-même, comme le prophétisait Julien Gracq. Ne serait-ce pas de l'image qu'il a de lui-même, que notre personnage est prisonnier?

Alors, au lieu d'être le récit d'un emprisonnement, La femme des sables pourrait être le roman d'une libération.

BigDino
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le 17 nov. 2025

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BigDino

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