Sur un paquebot entre New York et Buenos Aires, le narrateur cherche à approcher Mirko Czentovic. Ce champion du monde d'échecs, sorti du néant de son enfance, sans éducation et considéré pour la plupart des gens comme un pauvre demeuré, s'est révélé brillant dans l'enceinte de ces quelques 64 cases. Trop obnubilé par le jeu, trop conscient des messes-basses sur son inculture et soucieux de préserver une supériorité subitement acquise, l'homme refuse interview et conversation mondaine. Par revanche sociale peut-être, ou parce que les hommes y ont placé leur respectabilité, seul l'argent l'intéresse.
Alors le narrateur lui tend un piège, l'appât de l'échiquier et de l'effervescence qu'il provoque chez tous ceux qui ont besoin de se mesurer aux autres. En jouant quelques parties avec sa femme le voilà qui attire les amateurs de toutes parts. Contre toute attente, Mirko n'est pas le seul génie à bord.
Dans le joueur d'échecs, l'échiquier se fait tour à tour prison et échappatoire. Il est le siège de l'esprit, le lieu de ses vagabondages et son pire ennemi en même temps. Il y est question d'adversité, de résistance, du choix des armes et du coût de la liberté.