Dites-moi qui d'entre nous n'a pas au fond de son âme un vieux préjugé contre ce bon vieux Balzac ? Ce classique des classiques dont tout le monde connaît le nom mais que plus personne ne lit, si l'on excepte ces pauvres lycéens qui s'y collent souvent à contrecœur parce que le professeur le leur a demandé. Moi-même j'avais été obligée de lire en seconde Illusions perdues, lecture longue et fastidieuse dont je garde un mauvais souvenir, et qui m'a laissé un tel traumatisme qu'il m'aura fallu dix ans pour m'en remettre.
C'est avec appréhension que je me suis lancée dans la lecture du Père Goriot, ayant en tête encore tous les a priori qu'on peut avoir sur Balzac : description, description, description... Et pourtant non, ce n'est pas du tout ça. Si le livre s'ouvre sur une longue description de la pension dans laquelle vivent les personnages, ce n'est que pour planter le décor d'une action qui une fois lancée ne décevra pas le lecteur. On voit que Balzac maîtrise totalement son récit et sait parfaitement jouer avec les attentes du lecteur. Il ne s'efface jamais complètement de l'histoire et apporte par petites touches subtiles son regard ironique sur la société et sur la vie parisienne à son époque.
Il fait vivre des personnages à la fois individuels et universels, accomplissant ainsi la destinée littéraire qu'il a lui-même choisie. Toujours ironique mais jamais cynique, on sent la tendresse de l'auteur pour ses personnages qui attirent du même coup facilement la compassion du lecteur : on est sensible à la douleur du Père Goriot, figure emblématique du père qui a tout sacrifié pour ses filles, tout comme au désarroi de Rastignac, cet étudiant ambitieux qui délaisse son droit pour l'amour d'une femme et son désir ardent de gravir les échelons de la société. Balzac ne peint pas des types de personnages mais de vrais individus, des âmes en proie à leurs propres contradictions auxquelles on peut encore s'identifier aujourd'hui.
Je ne suis donc pas déçue par cette lecture et ne m'y suis pas le moins du monde ennuyée, je le conseille à tous ceux qui veulent se réconcilier avec Balzac et à tous ceux qui ont encore peur de le découvrir. Soyez patients pendant les trente premières pages, le sens du romanesque de Balzac ne vous décevra pas par la suite.
swannization
8
Écrit par

Créée

le 6 déc. 2013

Critique lue 1.4K fois

Critique lue 1.4K fois

5

D'autres avis sur Le Père Goriot

Le Père Goriot

Le Père Goriot

7

Ze_Big_Nowhere

373 critiques

"Le Père Goriot" pour les nuls

Paris, automne 1819. On débarque dans une pension franchement miteuse, rue Neuve-Sainte Geneviève : La pension Vauquer, du nom de la vieille qui gère ce boui-boui. Vieille baraque à la façade...

le 10 févr. 2014

Le Père Goriot

Le Père Goriot

2

Yoth

163 critiques

Calvaire !

Rien que le fait de parvenir à lire la description initiale relève de l'exploit. Balzac avait-il besoin d'introduire son histoire de manière aussi chiante ? Les pires banalités y sont...

le 9 déc. 2010

Le Père Goriot

Le Père Goriot

9

Aphimorv

49 critiques

IA NIE PANIMAYOU !

Il y a certaines choses que je ne comprends pas dans la tête des autres. Comme le fait qu'on ait pu mettre autant de mauvaises notes à ce livre. Si Balzac fait partie de mon top 5 de mes auteurs...

le 20 avr. 2012

Du même critique

Pêcheur d'Islande

Pêcheur d'Islande

9

swannization

14 critiques

Déterrons Pierre Loti

Pourquoi donc a-t-on relégué aux oubliettes de la littérature Pierre Loti ? Notre histoire littéraire, à force de valoriser les avants-gardistes, les inventeurs de courants, comme Zola pour le...

le 9 déc. 2013

Mort d'un commis voyageur

Mort d'un commis voyageur

8

swannization

14 critiques

Willy Loman, l'homme qui a raté sa vie ou le drame de M. Toutlemonde...

Nous connaissons tous ce titre incontournable de la littérature américaine, pourtant il semblerait qu'il soit très peu lu de nos jours. Nous voilà embarqués dans l'histoire de la vie de Willy...

le 14 déc. 2013

Le Père Goriot

Le Père Goriot

8

swannization

14 critiques

Se réconcilier avec Balzac

Dites-moi qui d'entre nous n'a pas au fond de son âme un vieux préjugé contre ce bon vieux Balzac ? Ce classique des classiques dont tout le monde connaît le nom mais que plus personne ne lit, si...

le 6 déc. 2013