J’ai refermé Le Rapport de Brodeck de Philippe Claudel, bouleversée par cette fable sombre. Si, comme moi, vous aimez les romans qui interrogent la nature humaine sans jamais tomber dans le manichéisme, alors ce livre pourrait bien vous marquer durablement. Je vous raconte pourquoi il m’a autant troublée.
Comment débute le livre ?
Il s’est passé quelque chose de grave dans le village où vit Brodeck. Il n’était pas là, il n’a rien fait, rien vu parce qu’il est arrivé après. En effet, sa petite-fille Poupchette était fiévreuse, et la vieille Fédorine lui a demandé d’aller chercher un peu de beurre pour faire des gâteaux que la fillette mangerait le lendemain matin.
Dans le café épicerie, tous les hommes du village étaient présents, à l’exception de ceux qui étaient trop âgés et du curé, sans doute occupé à cuver son vin. C’est là qu’ils lui ont demandé d’écrire un rapport — pour se disculper ?
Brodeck rédige donc le rapport, mais, dans le même temps, rédige un autre texte où il raconte ses souvenirs, sa vie. Il écrit au fur et à mesure de ses pensées, c’est à vous de reconstituer le puzzle. Je n’ai jamais, néanmoins, été perdue.
Qu’en ai-je pensé ?
C’est une fable très noire qui raconte ce que les hommes sont capables de faire quand ils ont peur. J’ai compris très rapidement que ce qui s’était passé était un meurtre, qui était la victime, qui étaient les coupables. L’intérêt du livre n’est pas là, il est dans la lente description de l’étau qui se ressert contre la victime et sans doute aussi contre Brodeck.
C’est pourquoi j’ai tourné les pages, fascinée par l’atmosphère sombre du village et ses personnages inquiétants. La peur semble couler le long des rues et des habitations, une peur que le silence éloigne à peine.
J’ai aimé la fin du livre parce que Brodeck tourne le dos à son passé douloureux et va vers un avenir que je lui souhaite meilleur.
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