« Enfin ! seul ! On n’entend plus que le roulement de quelques fiacres attardés et éreintés. Pendant quelques heures, nous possédons le silence, sinon le repos. Enfin, la tyrannie de la face humaine a disparu, et je ne souffrirai plus que par moi-même. »  Recueil de poèmes en prose publié de façon posthume en 1869, le ‘Spleen de Paris’ apparaît comme une œuvre singulière, spécifiquement baudelairienne dans sa volonté de dépeindre Paris, cette ville énorme, mystérieuse « dont le charme infernal me réjouit sans cesse ». Si la plupart des thèmes des ‘Fleurs du Mal’ sont repris dans ce recueil — le crépuscule du soir, l’invitation au voyage, la chevelure évocatrice des rêves — il y perce plus que d’ordinaire la passion que portait Baudelaire à l’architecture urbaine, qui modèle et affecte profondément les rapports humains à son contact.             De nombreuses passerelles peuvent être empruntées, qui lient entre eux ces deux ouvrages. On note cependant dans le ‘Spleen de Paris’ une irrévérence et une liberté supplémentaire, permise par l’usage de la prose. Tantôt par la fable, tantôt par la parabole il cherche dans ce recueil à livrer de la vie moderne, urbaine, grise et vilaine, la même peinture que celle qu’il avait produite de la vie ancienne à travers la sensibilité à la laideur, au mal et à l’imperfection qui est la sienne. « Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme, qui se donne toute entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe. »

Perlesvaus
6
Écrit par

Créée

le 26 févr. 2024

Critique lue 18 fois

Perlesvaus

Écrit par

Critique lue 18 fois

D'autres avis sur Le Spleen de Paris

Le Spleen de Paris

Le Spleen de Paris

10

JuLa

68 critiques

J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans

Si comme moi vous souffrez d'"hypophrenia" : un sentiment vague d'être envahi par la tristesse et la mélancolie sans aucune raison particulière, et bien je ne peux que vous souhaiter la bienvenue à...

le 22 mai 2011

Le Spleen de Paris

Le Spleen de Paris

8

Philippe_Delaco

127 critiques

3 mai 1996

Naissance de ma nièce. 18 ans, ça me file un coup de vieux. A l'époque, j'étais sur mon lit, la jambe cassée, en train de réviser mes fiches pour le Bac français. Ma prof de français, une belle...

le 3 juin 2014

Le Spleen de Paris

Le Spleen de Paris

10

Emphiris

160 critiques

Critique de Le Spleen de Paris par Emphiris

Mon recueil de poèmes favori et ce pour plusieurs raisons. D'une part il n'est pas très connu, ça permet de se la péter en salon (#blagounette). Surtout, j'aime l'omniprésence de Paris dedans, et pas...

le 4 déc. 2012

Du même critique

Les Ingénieurs du chaos

Les Ingénieurs du chaos

7

Perlesvaus

11 critiques

Critique de Les Ingénieurs du chaos par Perlesvaus

C’est sans doute l’un des essais politiques les plus appropriés du moment. Dans cet ouvrage paru en 2019, Giuliano da Empoli, collaborateur régulier de l’excellente revue du Grand Continent, revient...

le 6 oct. 2025

Le Cri du peuple

Le Cri du peuple

9

Perlesvaus

11 critiques

Jean Vautrin dynamite

C’est un de ces romans qui souffle tout autour de soi, ce petit livre de poche. Une œuvre passée à la postérité sous le coup de crayon de Tardi sous la forme de trois gros volumes d’une...

le 6 oct. 2025

Les fous de Dieu

Les fous de Dieu

6

Perlesvaus

11 critiques

Camisards et Dragons

Jean-Pierre Chabrol ressuscite ici les Camisards, ces fous de Dieu qui se sont dressés pour leur foi dans ce petit pays cévenol, peuplé de raïous et de raïoulettes, après la révocation de l’édit de...

le 29 déc. 2025