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le 15 janv. 2014
SuivreSixième jouissance.
Il est préférable de lire "Lunar Park" après les autres offrandes de Bret Easton Ellis. Pourquoi ? Tout simplement, car cette autofiction délirante est l'oeuvre finale de l'enfant terrible des...
Bret Easton Ellis se rêve (et se décrit) hétéro, marié, père de famille, et puis... le rêve, après quelques mois, tourne au cauchemar horrifique et se disloque (en une douzaine de jours, qui font l'objet du livre). Pourquoi ? Sans doute parce qu'Ellis n'est rien de tout ça, mais l'écrivain qu'il est — talentueux, célèbre... donc exposé, envié, attaqué — trouve une explication beaucoup plus romanesque au rapide naufrage de cette famille de rêve qu'il s'est inventée (avec une femme jeune star hollywoodienne, Jayne Dennis, qui l'aime et qu'il aime, et deux enfants, un garçon de onze ans Robby, le fils qu'il a fait à Jayne des années avant qu'ils ne se remettent ensemble, et une petite fille de six ans Sarah, que Jayne a eu avec un autre homme mais que Bret a pour ainsi dire adoptée quand ils se sont remis en couple). Quelle explication ? Des personnages ou entités (notamment Patrick Bateman d'American Psycho) échappés de certains de ses romans ou autres textes précédents n'accepteraient pas cette normalisation de la vie de l'écrivain et veulent tirer vengeance de lui, intervenir dans son existence, s'en prendre à l'ensemble de la maisonnée, laquelle est bientôt troublée par des manifestations fantastiques (fantomatiques), de plus en plus horrifiques. Les deux premiers tiers du roman sont habilement construits et écrits : passionnants. Ensuite, ça — l'acharnement de ces fantômes (?) à détruire la vie et famille de l'écrivain qui les a imaginés dans ses fictions — devient un peu systématique, ça tourne à la démonstration, ça frôle le ridicule. Mais il y a un fond de vérité dans ce Lunar Park et BEE réussit à nous rendre ce fond (la somme des pensées, sentiments, manques à partir desquels il a construit son bouquin) vraiment touchant. Il s'invente un fils (qui ressemble sans doute à ce qu'il était lui-même à cet âge), un fils rétif, rêveur, blessé (fragile psychologiquement), qu'il tente d'apprivoiser et... à qui il va arriver des bricoles (on va dire ça, pour ne pas trop "spoiler") et c'est relativement émouvant de sentir, entre les lignes, tout le regret éprouvé par ce célèbre écrivain (connu et lu planétairement) de ne pas avoir un fils. "Aut liberi aut libri" (Ou des enfants ou des livres), soit ! Mais quel livre a jamais remplacé un fils ? Je suis sans doute d'une émotivité un peu maladive mais les larmes me sont montées aux yeux aux toutes dernières lignes du roman, que je rappelle ici, même s'il est difficile pour quelqu'un n'ayant pas lu le livre d'en apprécier tout le sel : "Alors, si vous deviez voir mon fils, faites-lui savoir que je lui dis bonjour, sois bon, que je pense à lui et que je sais qu'il veille sur moi quelque part, et qu'il ne s'inquiète pas : il peut toujours me retrouver ici, quand il veut, ici même, mes bras grands ouverts l'attendent, dans les pages, sous la couverture, à la fin de Lunar Park."
Et je peux vous assurer qu'il n'y a pas beaucoup d'écrivains capables de finir un livre aussi joliment.
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Créée
le 12 avr. 2026
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le 15 janv. 2014
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le 6 janv. 2011
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le 8 mars 2010
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