Je veux bien entendre que Breton innove et essaye des trucs (les illustrations pour nous éviter des descriptions laborieuses, pk pas). Mais j'ai pas beaucoup adhéré à ce style ramassé et tortueux, ni au fait qu'il consacre le premier tiers du roman à des divagations sans grand intérêt.
La suite est un peu plus intéressante, on pressent que Nadja est intéressante, sa mystique, ses dérives inspirées dans les rues parisiennes, mais Breton n'arrive jamais à dépasser ce stade de l'intrigue, et même il éteint son personnage, nous en détourne, parce que d'un jour à l'autre il décide qu'elle est ennuyeuse et qu'il ne pourra jamais l'aimer.
Le vraie histoire de Nadja est dramatique et elle ressemble à du lovebombing classique sur une femme fragile mentalement, qui finit quelques semaines plus tard internée, même si ce serait sûrement injuste d'en faire porter toute la responsabilité à Breton. La fin du roman incite pourtant pas trop à l'indulgence puisqu'il se réfugie derrière toute une série de réflexions anticarcérales et antipsychiatrie, par ailleurs très pertinentes pour l'époque, pour justifier sa disparition totale et le fait qu'il n'ait pas rendu visite une seule fois à Nadja, visiblement en détresse et en manque de lui. Au passage elle mourra de faim en 41 dans les hôpitaux, victime du "génocide des fous" qui est un truc horrible que je connaissais pas.
Et la réaction très hostile de Nadja au texte que lui fait lire Breton (celui-ci donc) est assez accablante.
J'ajoute que la spontanéité de l'écriture (apparemment il était sorti de son époque écriture automatique mais quand même) est complètement cassée par les corrections de Breton en 1962