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Je ne capitule pas.
L’homme n’a pas encore atteint le stade ultime de son évolution. Le stade final, c’est le rhinocéros. Voilà un des nombreux bouquins qui avait mauvaise réputation quand on...
le 14 août 2015
L’homme n’a pas encore atteint le stade ultime de son évolution. Le stade final, c’est le rhinocéros. Voilà un des nombreux bouquins qui avait mauvaise réputation quand on était scolarisé. Livre de lycée, inscrit au programme du bac, à lire de force, contraint forcé, donc chiant. Mais Ionesco est quand même spécial. Un prof plus malin que les autres à eut la bonne idée de nous faire pénétrer son univers par La Cantatrice Chauve, pièce absurde, simple en apparence donc facile à lire, et à mourir de rire. Ionesco n’est pas Kafka, et ce n’est pas plus mal. Ionesco fait du théâtre, absurdement drôle, et drôlement décalé, trop bien écrit pour n’être que drôle. Ionesco fait tout pour rester simple, pas subtil du tout, curieux, bizarre, et drôle et complètement inattendu. Un comique de répétition, de répétition, des répliques très bête et con. Des répliques plates comme des galettes au beurre, et grosses comme un pâté de maisons, des situations simples qui se renvoient la balle, comme on s’envoie des acteurs en l’air. Acteurs réduits au néant de leur fonction : L’épicier, le vieux monsieur, un pompier, Daisy…
Plus ils sont simples, plus ils sont humains chez Ionesco, on ne peut plus humains. Et la contagion commence. La rhinocérite aigüe, c’est une maladie très commune au genre humain. Cette maladie a eut beaucoup de succès au 20eme siècle, autant théorique que par la mise en pratique. C’est un mal qui s’attaque à la racine d’une communauté, et transforme chaque individu en pachyderme fruste et bête, complètement aveugle. Il peut devenir violent, mais seulement quand on le dérange, et pousse des cris assourdissants avant de foncer dans le tas. Maladie très contagieuse, dont on n’a toujours pas trouvé les causes, la recherche du vaccin n’est pas d’actualité pour l’instant.
L’habilité monstre d’Ionesco, c’est de ne jamais faire de manifeste anti faciste-nationalisme-nazisme-racisme-communisme-isme_ism. BRRR…Il n’apporte pas de recette miracle, même pas de placebo. Sa vision de la société est d’une affolante précision, à faire peur, car très lucide, presque désabusée, or drôle. Heureusement qu’on est secoué par le rire, ça aide à faire passer la pilule monstre.
Chacun est libre de devenir (ou pas) rhinocéros, on ne force personne ici. Pas de Mussolini caché sous le tapis, qui va surgir soudain tel Guignol pour faire peur. Pas de jeunesse hitlérienne, qui va arriver armée de bâtons, pour soumettre à grands coups de trique sur la tête, dans le ventre, ou ailleurs. Pas de Fidel, de Staline, c’est qui ces gens ? Mobutu ? Où ça ? Non. Tout le monde est libre et le fanatisme c’est n’importe qui, le fanatique n’importe quand, n’importe comment. Et le rhinocéros est tout à fait non-violent, bon mari, homme, femme, enfant, pompier. Au détail près que nous sommes au théâtre, absurde, et que la transformation est visible. Ils deviennent tout verts, une corne pousse au milieu du visage, et poussent des : BRRR…inquiétants.
En fait, tout le monde est BRRR…tout le monde est rhinocéros. Sans même le savoir, c’est comme quand tu es grippé. Au lieu de faire : « Atchoum ! » Tu fais : BRRR…Et l’idée de Ionesco est géniale. Aucun sociologue, ou philosophe ne pourra montrer cette transformation de l’homme en animal de façon aussi, claire, joyeuse, brute et absurde. Sournoisement, l’animal prend le dessus. Un rhinocéros, ça ne pense pas. En tout cas pas comme nous. Les pachydermes se multiplient, et se démultiplient, et ça ne fait même pas peur, c’est comme sur une table de multiplication. Tout le monde va virer rhinocéros. Sauf un. Un, qui a le courage de dire : « Je ne capitule pas ! » Il sort son fusil, le charge avec du gros calibre, (rhinocéros oblige) et se barricade chez lui, la ville étant devenue Rhino-city. Fin lumineuse. Réplique proverbiale. « Je ne capitule pas ! » C’est génial, car il faut lire la pièce pour comprendre, que la question que va se poser le spectateur-lecteur a ce moment précis, c’est pourquoi résister ? Le récit se termine par un crescendo exponentiel, jusqu’à la réplique qui tue : Je ne capitule pas. Pourquoi ne pas faire comme tout le monde ? Pourquoi celui qui résiste est un héros, et les autres pas ?
Pourquoi lui ne s’est pas transformé, alors qu’il n’a aucun talent particulier, ce monsieur, monsieur tout le monde, tout comme moi ? Au fait ? Qu’est-ce qui fait le héros ? Le juste ? L’homme ordinaire qui mis dans des conditions extraordinaires (comme dirait Nelson Mandela), se révèle avoir des capacités insoupçonnés à résister, et refuser la soumission. Qu’est-ce qui fait l’homme avec un grand M ? Le hasard ? La situation ? L’opportunité ? Le BRRR…? Moi, j’ai bien l’impression que c’est le hasard. Et l’autre idiot, debout sur la scène avec son fusil chargé à blanc, il a beau faire le fier, il ne va pas tarder à se transformer lui aussi, en rhinocéros. C’est seulement une question de temps. Il va capituler, et devenir un animal, c’est obligé. BBRRR….B….Il ne vaut pas plus que tous les autres rhino qui l’entourent. BRRR…Qu’est-ce qui m’arrive ? Je ne me sens pas très bien. Je…BBRRR…non… BRRRR…..BBRRRRRR…
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le 14 août 2015
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