Alors qu'il traînait dans ma bibliothèque depuis un long moment, je fus quelque peu surpris de voir Thérèse Desqueyroux cité de manière aussi abondante dans Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. J'en entrepris donc la lecture.
Ainsi que d'autres l'ont souligné ici, on retrouve ici un roman dans lequel Thérèse essaie de se soustraire à sa condition. Mais pas n'importe laquelle, cette condition est celle du mariage, dans laquelle est enfermée la femme, en tout cas à cette époque. On retrouve ici une structure très analogue à celle de Madame Bovary: une femme épouse un homme qu'elle apprécie plus ou moins et se retrouve enfermée dans un quotidien qui se transforme vite en prison. Toutes ses activités sont négatives elles "passent le temps" mais n'ont aucun caractère proprement positif qui donnerait un réel sens à la vie de la femme. Leur vie dans le contexte conjugal est dans l'ensemble complètement régie par leur mari, dont une des finalités sera éventuellement de mettre au monde un enfant.
Emma Bovary cherchera son salut dans l'adultère. On sent également chez Thérèse une certaine tension amoureuse pour le personnage de Jean, l'ami de son amie Anne, mais qui n'aboutit finalement à rien. Elle choisit alors une solution radicale. En effet Thérèse décide d'empoisonner son mari. On voit bien ici que dans les deux cas, l'émancipation de la femme passe par la négation de la cellule conjugale et donc par la négation du mari (adultère/amant, meurtre). Cette tentative se soldera toutefois par un échec, qui engendrera une réaction punitive du mari à l'encontre de Thérèse, la plongeant dans une profonde dépression. À l'instar d'Emma qui tente de se suicider, cet épisode l'amènera aux portes de la mort.
Finalement, c'est en essayant de sauver les apparences de son couple aux yeux des notables locaux que Bernard finit par se rendre compte que la situation est totalement intenable. C'est ainsi qu'il lui rendra finalement sa liberté en la laissant vivre à Paris. Une toute autre vie est alors envisageable, faire des études entres autres. On remarquera que jusqu'à la fin, le mari n'a pas la moindre idée de la raison qui a poussé Thérèse à passer à l'acte.
S'il est moins peut-être moins "riche" que Madame Bovary, Thérèse Desqueyroux est un roman qui montre bien toutes les ambivalences et les contradiction de la structure du mariage (du moins à cette époque) et comment il régente la femme en son sein. On comprend mieux pourquoi il a suscité l'intérêt de Beauvoir.