Dépeindre une famille dysfonctionnelle au possible en lui donnant tous les attributs de la réussite professionnelle, de la santé physique et de l’éducation positive, c’est ce que parvient à faire non sans ironie François Bégaudeau dans son roman « Un enlèvement » paru en 2020.


En appliquant sans complexe le vocabulaire de la start up au cadre familial, l’auteur parvient avec brio a en montrer la superficialité et met en lumière l’absurdité qui consiste à vouloir appliquer des logiques entrepreneuriales à chaque composantes de nos vie. La démonstration a ses limites car poussé à son paroxysme le propos tourne à la caricature et les personnages se révèlent profondément antipathiques. Cela étant, elle permet de mettre en exergue le conditionnement d’une pensée qui se veut moderne mais qui est nourrie de fausses évidences, de préjugés racistes et de réflexes de classe.


Dans ce contexte, l’enlèvement auquel le titre fait référence n’est finalement peut être pas celui qui nous est présenté comme tel. Ne serait-ce pas Louis qui semble vivre en captivité dans sa propre famille ? Peut-être ne parle-t-il si peu que pour contrebalancer le discours d’un père qui prêche inconsciemment et en continu une bonne parole conformiste. Sa fugue n’est-elle pas une libération ? Les envolées lyriques des dernières pages parlent d’elles-même et projettent sur ses lacunes en lecture une lumière nouvelle. Le refus obstiné de l’enfant d’apprendre à lire, ou du moins de montrer qu’il sait lire, apparait alors comme un moyen de ne pas répondre aux attentes d’un milieu social qui l’étouffe. 


En choisissant la chute qui est la sienne, ce roman fait de la fuite une issue salvatrice. Il s’agit de se rendre hermétique aux injonctions qui nous viennent de toutes parts. Cesser de s’astreindre à un footing hebdomadaire et se laisser glisser tout en bas des dunes de sable. Ne plus compter ses pas sur sa montre connectée et se perdre dans la ville à la poursuite du soleil. Vivre l’écoulement des heures sans horloge, ne rien prévoir, manger quand on a faim, pleurer sans s’arrêter, gueuler du fond du coeur, ne pas poser sa voix, jamais.

idaculturemoi
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le 29 déc. 2022

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