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Une saison 2 en demi-teinte : entre incohérences, intérêt et scène-choc qui pose question !

Je suis très partagée sur cette série, en raison de la différence qualitative entre ses deux saisons : la saison 1, telle un diamant sorti de son écrin, était venue me cueillir émotionnellement, grâce à la force de sa sincérité et la profondeur de son message. Pour moi c'était un sans-fautes, 10/10 !

La saison 2 quant à elle, suscite chez moi un débat intérieur plus nuancé et complexe : entre ennui, intérêt, questionnements et parfois, aussi, l'envie de gerber. Au global, je retiens surtout de nombreuses incohérences, venues gâcher ce qui aurait pu être une excellente surprise. Focus sur ce qui m'a dérangée dans cette saison 2 :

From now on, Spoiler Alert !!!

1 - D'abord, l'ennui et la confusion : J'avais beaucoup aimé la saison 1 et sa fin douce-amère, en demi-teinte, qui permettait d'imaginer le champ des possibles pour ses protagonistes ... et leur futur. Libre à nous d'imaginer ce qui allait advenir de nos lycéens de Liberty High !

La saison 2 est venue balayer cet imaginaire, pour mettre en place une intrigue, avec force lenteur selon mon point de vue. Je dirais que les 2-3 premiers épisodes tentent maladroitement de s'inscrire dans la continuité de la première saison, tout en mettant en place une histoire et une identité propres ... Entre passé et présent, entre anciens et nouveaux protagonistes, entre flashbacks et flashforwards ... l'ennui et la confusion signent un début de saison laborieux.

2 - Le coup des Polaroïds : Nouvelle saison, nouvelles intrigues, nouveau procédé. Après les cassettes donc, voici les "Polas". Des photos comme fil conducteur de cette nouvelle intrigue, qui tentent de créer à la fois un suspense, un sentiment de sombres secrets et en même temps ... sont une tentative d'élargir, voire de réinterpréter a posteriori ce qu'il est advenu dans la saison 1. Le viol d'Hannah et de Jessica s'inscriraient en fait dans une logique plus large de "culture du viol", solidement ancrée au sein de l'équipe des Tigers. Troublant et incohérent avec la saison 1.

3 - Hannah ou l'art de redonner vie à une morte : Personnage central et omniprésent de la saison 1, Hannah Baker se suicide au terme des 13 premiers épisodes de la série. Cette fin tragique pose forcément un dilemme scénaristique, vite résolu par un tour de passe-passe qui m'a passablement gonflée.

Hanté par son souvenir, obsédé par le désir de crier la vérité de celle dont il est encore épris, Clay se retrouve régulièrement à converser avec elle. Très souvent, un peu partout. Dans sa chambre, au lycée, à table, avec ses potes ...

Libre à nous d'interpréter ces dialogues, qui peuvent tout autant être la marque d'hallucinations psychotiques, que la simple matérialisation physique d'un dialogue intérieur de Clay avec sa conscience. Je trouve le procédé lourd et sans grand intérêt scénaristique.

Seule la présence d'Hannah dans les flashbacks me semble apporter une valeur ajoutée.

4 - Le procès ou l'art de faire stagner l'intrigue artificiellement : Hannah avait laissé à Tony des instructions claires concernant ses cassettes. Elle étaient privées et n'avaient pas vocation à être entendues de tous. Mise au grand jour et puis révélée aux parents, l'histoire de la jeune femme est regardée dans cette saison 2 par le prisme de la loi. La question de la responsabilité du lycée et de son staff, qui n'aurait pas fait correctement son travail d'écoute et de prévention, est soulevée.

J'ai trouvé cette approche intéressante, mais j'ai été dérangée par les récits parfois secondaires de personnages qui le sont tout autant (Courtney, Sheri, Ryan) ... et qui font clairement stagner l'intrigue. Paradoxalement, des témoins qui semblent déterminants dans ce volet juridique ne sont pas immédiatement appelés à comparaître (Alex, Clay). Le recours à ces procédés d'écriture faciles et simplistes, destinés à maintenir un pseudo-suspens m'ont donné l'impression d'être prise pour un lapin de 6 semaines (et je reste polie).

5 - Petits arrangements entre amis ... et avec la vérité : Le choix de faire témoigner les personnes évoquées dans les cassettes est un procédé intéressant, qui conduit à une équation simple : un narrateur différent pour chaque épisode.

La multiplication des points de vue induit une relecture des événements, mais très vite, il est clair qu'entre les témoignages, la vérité d'Hannah et les petits secrets que les témoins se gardent bien de dire devant la Cour, force est de constater les nombreux arrangements avec la vérité. Ces mensonges finissent par donner un tout autre visage à Hannah. D'ailleurs, Clay finit par être affecté et ne sait plus quoi penser, un peu comme un miroir tendu vers nous-mêmes : et si Hannah avait menti ?

Ce qui m'a profondément dérangée, c'est que dans les flashbacks des témoins appelés à comparaître, Hannah apparaît démesurément enjouée et souriante : incohérence suprême, quand on a le souvenir de cette jeune fille suicidaire aux yeux souvent embués, au regard baissé, se repliant dangereusement sur elle-même.

De fait, l'intention louable de départ d'apporter des nuances aux propos d'Hannah conduit selon moi à affaiblir tout ce qui faisait l'intérêt et la force de cette saison 1. Comprendre le processus psychologique complexe, subtil, qui conduit une personne à l'isolement social, au repli sur soi et à finalement commettre l'irréparable.

La saison 2 vient pour moi ternir la saison 1.

6 - Le cas Tyler et le "concept d'empathie radicale" : Bon, je préviens, je vais vraiment spoiler ici. Dans le dernier épisode, Tyler est agressé très violemment par quelques Tigers, alors qu'il est en train de se laver les mains dans les toilettes du lycée. Tête fracassée contre le miroir, puis le lavabo, la tête plongée ensuite dans la cuvette ... Et comme si l'effroi n'était pas suffisant, Monty, le traite de "pédé" et le viole avec un manche à balai.

Une scène courte, mais d'une rare violence. J'ai eu beau être préparée psychologiquement par tous les messages de prévention, j'ai trouvé cette scène insoutenable, violente, à vomir. J'en suis encore sous le choc.

Cette scène était-elle nécessaire ? Brian Yorkey, le showrunner de 13RW, justifie ce choix en s'appuyant sur des études montrant que ce genre de violences est fréquent ( 1 homme sur 6 est victime d'agression sexuelle aux USA ) et malheureusement, je le crois volontiers.

En revanche, j'ai du mal avec son explication : Cette scène aurait pour objectif de développer à l'encontre de Tyler une "empathie radicale". C'est-à-dire, si j'ai bien compris, en étant spectateur de la violence subie par le jeune homme, on éprouve de l'empathie pour lui. Et bien, laisse-moi te dire Bryan, en ce qui me concerne, je n'avais pas besoin de cette horrible et insoutenable scène, pour éprouver de l'empathie pour Tyler. Le voir souvent bousculé, plaqué contre les casiers, humilié, isolé, seul dans son atelier photo, tentant par tous les moyens de créer un impossible lien ... j'étais déjà bien capable de comprendre la fragilité de ce jeune homme et oui, j'avais de l'empathie pour lui. Même s'il stalkait les filles et Hannah en particulier. Et même si oui, il a eu envie de faire un carnage dans son lycée (il est d'ailleurs bien vite arrêté dans son élan meurtrier par le si parfait Clay ... futur négociateur du SWAT, sans doute).

Je déteste cette scène pour une seule raison : j'ai eu surtout le sentiment qu'il fallait que la saison ait sa scène choc. Saison 1 : le viol d'Hannah. Saison 2 : le viol de Tyler. Pour moi, ici, il n'est point de pédagogie, juste une volonté de repousser plus loin les limites du trash, jusqu'à l'écoeurement et peut-être, aussi, la volonté d'alimenter le buzz ? Et c'est ça qui me dégoûte le plus en fait : des explications que je trouve fallacieuses.

7 - Et pour finir, une touche positive, car tout n'est pas à jeter : bravo à tous les interprètes de ces rôles forts, toujours justes, impliqués, émouvants. Par ailleurs, la musique est remarquable et je vais me faire une playlist d'enfer !

Malgré les défauts que j'ai soulignés, je ne peux pas dire non plus que j'ai passé un mauvais moment. Une sorte d'entre-deux : loin de la qualité et du coup de coeur qui fût le mien lors de la saison 1, mais quand même un je-ne-sais-quoi qui a quand même accroché mon attention.

Au final, un 7/10, pour l'ensemble des 2 saisons.

Et surtout, merci à toi d'avoir lu mon article jusqu'au bout, consciente de la tartine que j'ai écrite :-)

Glaminette
7
Écrit par

il y a 4 ans

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