Sous le vernis de l'élégance, une intrigue qui bat de l'aile.

  • ​Cette production de la BBC s'impose visuellement comme un hommage au raffinement britannique, mais elle illustre surtout le piège du "trop beau". La réalisation de Craig Viveiros, bien que soignée, privilégie une esthétique Art déco glaciale qui finit par figer l'intrigue au lieu de la servir. En isolant les personnages dans ce huis clos étouffant, la mise en scène instaure une distance clinique qui empêche le spectateur de s'impliquer réellement, transformant ce jeu de massacre en une observation curieuse mais marquée par une indifférence polie.
  • ​Malgré une distribution prestigieuse, l'étincelle émotionnelle peine à jaillir. Si Charles Dance et Miranda Richardson imposent leur charisme, leurs performances semblent bridées par une direction d'acteurs privilégiant la pose plastique à la sincérité. Le duo formé par Maeve Dermody et Aidan Turner, censé porter la tension du récit, s'égare dans une noirceur monochrome qui rend toute empathie difficile. On finit par regarder des archétypes s'agiter dans de beaux décors, sans jamais craindre pour leur survie.
  • ​Le scénario de Sarah Phelps prend le pari d'un thriller psychologique sombre, s'éloignant de la mécanique ludique d'Agatha Christie pour explorer la culpabilité dévorante des invités. Cependant, cette intention louable engendre des longueurs narratives pesantes et des flashbacks envahissants qui cassent systématiquement le rythme et la tension. En privilégiant une violence explicite et une noirceur parfois artificielle au détriment du suspense pur, la série perd le sel du mystère originel.
  • ​Au final, cette version est une œuvre formellement irréprochable mais étrangement vide. En troquant la précision chirurgicale du roman contre une atmosphère mélodramatique, elle livre une proposition honnête, portée par une photographie superbe, mais qui manque cruellement de ce petit supplément d'âme. C'est un bel objet de décoration télévisuelle qui, malheureusement, manque singulièrement de souffle pour devenir une adaptation incontournable.
DirtyVal
6

Créée

le 8 avr. 2026

Critique lue 4 fois

DirtyVal

Écrit par

Critique lue 4 fois

D'autres avis sur Agatha Christie : Ils étaient dix

Agatha Christie : Ils étaient dix

Agatha Christie : Ils étaient dix

5

Anne_EliseWu

4 critiques

Dix petits nègres s'en furent dîner..

Etant une énorme fan du livre (voire obsessionnelle, l'ayant lu plus d'une vingtaine de fois), j'étais a la fois heureuse et sceptique de démarrer cette série. Je ne voyais juste pas comment il était...

le 27 mars 2016

Agatha Christie : Ils étaient dix

Agatha Christie : Ils étaient dix

5

Anilegna

585 critiques

Something wicked this way comes

Non, "Ils étaient dix" n'est pas de Shakespeare mais vu l'ambiance, les sorcières pourraient très bien se trouver dans un grotte par là! Et, en effet, il y a quelque chose de pourri au royaume de...

le 14 nov. 2022

Agatha Christie : Ils étaient dix

Agatha Christie : Ils étaient dix

4

-Marc-

898 critiques

Jeu de massacre

Le problème avec les adaptations des plus grands succès d'Agatha Christie, c'est que tout le monde a lu le roman et déjà vu plusieurs adaptations précédentes. Dans ses romans, Agatha Christie...

le 11 nov. 2017

Du même critique

A House of Dynamite

A House of Dynamite

1

DirtyVal

1150 critiques

Un Gâchis Dégoupillé : Le thriller sans fin qui tourne en rond et nous prend pour des idiots.

A House of Dynamite, malgré les attentes placées dans sa réalisatrice Kathryn Bigelow, est un échec retentissant. Sous l'emballage d'un thriller urgent sur la crise nucléaire, ce film est une œuvre...

le 26 oct. 2025

Stranger Things

Stranger Things

6

DirtyVal

1150 critiques

De l'âge d'or au naufrage, la fin d'un mythe sans courage.

J'attribue finalement un 6/10. Cette note reflète l'excellence de ses débuts, que j'ai adorés, et la difficulté qu'elle a eue à maintenir cette qualité au fil des années. C'est une série culte, mais...

le 1 janv. 2026

Hurlevent

Hurlevent

3

DirtyVal

1150 critiques

Une lande de papier glacé où la peur s'est éteinte !

​Il y a des œuvres dont la rugosité constitue l'ADN même. En s’attaquant au chef-d’œuvre d'Emily Brontë, Emerald Fennell promettait une relecture audacieuse. Pourtant, le constat est sans appel :...

le 13 févr. 2026