Astérix & Obélix : Le Combat des chefs
7.3
Astérix & Obélix : Le Combat des chefs

Dessin animé (cartoons) Netflix (2025)

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Plus de vingt ans après avoir signé ce qui reste à ce jour l’adaptation la plus populaire et la plus respectée d’Astérix au cinéma (Mission Cléopâtre, 2002), Alain Chabat revient à la barre, cette fois-ci pour un format sériel animé. Le Combat des Chefs, inspiré de l’album du même nom, marque un retour en force de son humour si singulier, entre références pop et satire douce-amère. Si la qualité technique ne rivalise pas avec les standards de l’animation actuelle, le plaisir de retrouver l’univers gaulois sous la plume et l’œil de Chabat est indéniable. Entre fidélité à Goscinny et Uderzo et actualisation maligne, cette mini-série offre une relecture précieuse, accessible et généreuse.


Une écriture irréductiblement chabatienne

La force première de cette série réside dans l’écriture. Fidèle à son style hérité des Nuls, Chabat injecte dans chaque ligne de dialogue une intelligence comique qui fait mouche : détournements d'expressions, blagues à tiroirs, clins d’œil sociétaux — tout y est. Mieux encore, il parvient à tresser un double niveau de lecture, comme le faisait Goscinny : les plus jeunes y verront l’aventure gauloise, les adultes, une satire piquante de notre époque (réseaux sociaux, communication politique, absurdités administratives...).


Jeunesse des héros et mémoire collective

La série innove en montrant pour la première fois à l’écran la jeunesse d’Astérix et d’Obélix, notamment la fameuse chute dans le chaudron, élément mythologique des BD rarement exploité hors des cases. Ce retour aux origines apporte une épaisseur émotionnelle nouvelle et accentue la connivence avec les fans de longue date. Mieux encore, le parallèle osé mais finement amené entre l’occupation romaine et l’occupation allemande donne à la série une portée historique inattendue, sans jamais verser dans le didactisme.


Des personnages soignés malgré des décors à la traîne

Visuellement, la série est en demi-teinte. Les personnages sont très réussis, vivants, expressifs, avec des traits qui rappellent fidèlement leurs pendants en BD tout en autorisant quelques libertés d’animation. En revanche, les arrière-plans manquent cruellement de détails, parfois figés ou trop synthétiques, ce qui jure avec l’énergie des personnages. C’est d’autant plus regrettable que l’univers d’Astérix repose beaucoup sur la richesse de ses environnements, de la forêt armoricaine aux camps romains.


Une palette chromatique audacieuse mais cohérente

La palette de couleurs peut surprendre, notamment par l’usage de teintes pastel ou fluos dans certaines scènes. Pourtant, cette audace ne dénature pas l’univers : au contraire, elle participe à un effet de modernisation de la BD tout en conservant ses racines visuelles. On retrouve une forme de flamboyance visuelle qui s’accorde bien avec le ton décalé de la série.


Le plaisir d’entendre Chabat, littéralement

Pour la première fois, Alain Chabat prête sa voix à Astérix, offrant une lecture inédite et étonnamment fluide du personnage. Il incarne également l’arbitre Touinepix, dont le nom constitue un clin d’œil malicieux et sonore à David Lynch, preuve supplémentaire du goût de Chabat pour les références détournées et savoureuses. Ce double rôle vocal, loin d’être anecdotique, renforce la cohésion de l’œuvre avec Mission Cléopâtre et souligne le ton très personnel de cette adaptation. C’est un retour aux sources autant pour lui que pour nous, spectateurs nourris à son humour si identifiable.


Verdict : 7/10 - Une potion bien dosée, malgré quelques grumeaux visuels

Malgré des limites techniques sur le plan de l’animation, Le Combat des Chefs version Chabat s’impose comme une mini-série réjouissante, drôle, respectueuse et moderne. Elle enrichit l’univers d’Astérix sans jamais le trahir, et offre au spectateur averti de véritables pistes de lecture sous-jacentes. Un plaisir sincère, qui mérite d’être savouré par les fans de la première heure comme par les nouveaux venus. Bravo et merci à Alain Chabat pour son amour toujours palpable de l’œuvre de Goscinny et Uderzo.

BelaLugosi53
7
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le 1 mai 2025

Critique lue 113 fois

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BelaLugosi53

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