Chernobyl est le rappel de la catastrophe de la centrale de Tchernobyl du 26 avril 1986. Je pense qu'une grande partie de la population mondiale a connaissance de cet événement majeur et pourtant décisif dans l'écoulement de l'Histoire. Ces cinq épisodes tentent de mettre en image et avec un maximum de fidélité le déroulé de cette nuit et des jours, des semaines, des mois qui ont suivi. D'un point de vue historique, la série reprend en effet l'intégralité de la chronologie des tourments. De cette manière, Johan Reck et Craig Mazin œuvrent pour que ce fragment historique ne tombe pas dans l'oubli. Ils nous enseignent, mais pas que.
Il faut savoir se montrer ingénieux pour lier le genre policier à l'Histoire sans avoir recours à la fiction des littéraires. Les deux réalisateurs le sont. Ils reprennent le contexte historique et parviennent à le transformer en éléments du genre policier. Pour replacer les choses, nous sommes dans les dernières années de l'URSS. Qui dit soviétique, dit forcément dictature. La propagande, la censure, le KGB et sans oublier la vérité à enterrer règnent dans l'Histoire. Dans la série, Valeri Legasov (Jared Harris) incarne le possesseur de la vérité et donc, une menace envers l'État. Ce dernier estime que la vérité mérite d'être connue de tous, contrairement aux hauts placés de l'État qui attribuent la priorité à la nation : il ne faut pas montrer ses faiblesses pour que la méchante Amérique ne nous marche pas dessus. C'est dans ce climat oppressif que Legasov évolue dans sa quête - si nous pouvons le nommer ainsi. Les éléments historiques deviennent donc des éléments narratifs au service d'une œuvre fictionnelle pourtant vraie. Oeuvre fictionnelle ou bien tentative de retranscrire l'ombre de l'ère soviétique ?
Bon nombre de scènes sont similaires à des films comme Il faut sauver le soldat Ryan. Lorsqu'on pense à Tchernobyl, on peut penser également à l'accident de Fukushima survenu le 11 mars 2011. C'est au cours de cette catastrophe que les particules radioactives ont été considérées comme «l'ennemi invisible». A Tchernobyl, les Liquidateurs se sont battus contre ce fardeau invisible. Du toit au bois, des pompiers aux hospitaliers, des milliers de vis ont lutté contre la Mort. Au cours du quatrième épisode, nous suivons Pavel (Barry Keoghan). Un jeune enrôlé dans cette guerre et envoyé en zone d'exclusion afin d'abattre chaque bête qu'il croise, désormais radioactives. Pavel est le symbole d'une jeunesse conscrite de force, profondément traumatisée par cette catastrophe et, pour certains, déjà condamnée. D'une certaine manière, Chernobyl a érigé Tchernobyl en première guerre contre «l'invisible».
Mon âme d'exploratrice de l'Histoire avait déjà connaissance de cette catastrophe bien avant la série. Mais la bêtise humaine inspire toujours à ce que je vois. Cinq épisodes qui vont droit au but en n'oubliant aucun détail et tournant. Je recommande cette série aux curieux et curieuses. Et pas besoin d'adorer l'Histoire, le suspens policier de la série vous tiendra suffisamment en haleine !