La première saison d'Empathie, en-dessous de toutes ses qualités d'écriture pleine de tendresse, d'humour, d'effroi ou de tristesse, se retranche finalement dans quelques facilités largement évitables : ces moments de clips, par exemple, ultime paresse de mise en scène, qui donnent l'impression d'être là pour atteindre la durée demandée. Est-ce un symptôme de ce qui a constitué la marque de fabrique de Xavier Dolan, qui aurait déteint sur ses compatriotes cinéastes ? Autre facilité, peut-être encore plus flagrant, l'intrigue (pas si secondaire) sentimentale qui advient entre Mortimer et Suzanne, paresse d'écriture par manque d'originalité. Est-il impossible d'inventer un récit d'amitié entre fille et garçon, collègues qui plus est, et a priori d'orientations sexuelles divergentes ? Même si la protagoniste, lesbienne, est perdue, encore endeuillée par la mort de sa femme enceinte, et se réfugie dans l'attention que lui porte un collègue à l'hôpital, et même si la fin de la saison laisse présager que cette relation sera éphémère, elle aurait sans doute pu être évitée. Ceci étant dit, parlons du reste, du mieux.


Le mieux, disons-le, c'est les patient.es de cet hôpital spécialisé dans le suivi de criminel.les atteint.es de troubles psychologiques plus ou moins forts. Ici, l'écriture tente de consacrer autant de temps à chacun.e, mais finit par en faire ressortir du lot, M. Dallaire en tête, suivi par M. Villeneuve, dont on se demande s'il est fou ou juste antisocial, ou Mme Moisan. La justesse d'écriture, cette fois, réside dans la venue et la sortie de personnages, ce qui arrive dans un tel lieu, comme dans la vie. Ça va, ça vient. On s'attache à celles et ceux qui reste, et on s'attache à ce qui leur reste "d'humanité". Reprenant le fameux schéma narratif qui montre l'humain derrière le monstre (choix aussi opéré par Guillermo Del Toro dans Frankenstein, qu'on retrouve aussi dans Wicked), ici, on a plutot tendance à oublier les méfaits des un.es et des autres. D'autant que les non-malades ont aussi leurs tares et leurs traumas, et tout cela se mélange et se rencontre dans ces longs couloirs, qu'on avait croisé en France dans Hippocrate, et aux États-Unis dans The Pitt, souffrant des mêmes tentations scénaristiques : regrouper tous les problèmes sur une journée, créer des intrigues secondaires entre les personnages.


La dramaturgie de cette série de fiction prend parfois le dessus (les fameuses facilités du récit évoquées au-dessus), alors que les épisodes auraient pu ressembler à des moments proches de Sur l'Adamant, le documentaire de Nicolas Philibert.


Si la saison 2 parvient à se défaire de ces fragilités, elle pourrait être forte (mais il faudrait faire un sacré ménage).

Dormir_Debout
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le 26 nov. 2025

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