Le nouvel univers DC continue de se déployer et force est d’admettre que le bon (Superman, Créatures Commandos) surpasse le moyen-bof (Supergirl) , en attendant Clayface ; alors qu’en est-il de cette adaptation de Green Lantern, vendue comme un polar à la True Detective, censé introduire les deux Lanterns les plus importants : Hal Jordan et John Stewart ?


Mine de rien, Green Lantern pour DC Comics, c’est en terme de popularité, de vente et d’importance diégétique dans l’univers, un nom très important, devenu certes un objet de moquerie universel sur internet suite au film effroyable de Reynolds (film qui commence sa réhabilition par les demeurés habituels – l’effet prélogie des vieux fans à maman ) mais qui, pour les fans de comics dont je fais partie est un peu un univers à part dans l’univers DC, une mythologie finalement assez complexe, mélange de chevaliers de la table ronde moderne et de Space Opéra à la Flash Gordon, à base de Lanterns de différentes couleurs, de Gardiens d’Oa – lire le run de Geoff Johns si ce n’’est déjà fait pour plus d’explications.


Alors que donne cette série en 8 épisodes qui vient de s’achever ? DC Studios semble avoir considéré Lanterns comme une série de luxe en lui adjoignant les services de Damon Lindelof (déjà showrunner de l’imparfaite série Watchmen) et, surtout, de Tom King, superbe mais inégal et bavard scénariste capable de merveilles comme Mister Miracle ou de ratages pénibles comme son run trop long sur Batman. L’un des spécialités de King vient de ce qu’on appelle la déconstruction du super-héros, d’aller chercher l’humain faillible, et même parfois très critiquable derrière la cape et le masque. Et c’est peu dire que sa patte se retrouve un peu partout dans la série Lanterns. Avec ce que ça implique d’équilibre entre une écriture moderne, une nouveau regard sur des personnages de comics et la frustration de ne pas avoir une adaptation en 1 :1.


Le parti-pris ici, faire un polar sombre, âpre et psychologique qui est aussi une histoire de Green Lantern, est tenu jusqu’au bout, et toutes les théories de reddit sur un final explosif n’y auront rien changé. Lanterns est une série cynique, mélancolique, et surtout une série d’origine pour John Stewart – et là une incompréhension fondamentale entre l’écriture peut-être un peu maladroite et sa réception par le public, ça n’était pas une série sur Hal Jordan.


C’’est une des principales critiques que je ferais à la série – écrire Jordan comme si on avait déjà eu 3 films ou une précédente série pour nous le présenter ; en démarrant directement par le Jordan de la série, ça serait comme commencer les films Wolverine par Logan. Il manque une étape, fort heureusement Kyle Chandler (que personnellement je découvre ici ) lui apporte son charisme buriné et des variations bienvenues, permettant d’approfondir un personnage assez maltraité par l’écriture, au vu de son héritage en comics (il m’a évoqué le cas Hank Pym, mis au rebut dans les films car abusif dans les comics – mais Hank Pym n’a jamais eu l’aura d’Hal Jordan) Même si il brille par certains aspects, la brillante scène de l’interrogatoire de l’épisode1, notamment ( Quand on pense que le rôle avait été proposé à Josh Brolin à la base, je serais curieux de savoir quelle interprétation il aurait donné – plus brute, sans doute.) Cependant, la déconstruction n’opère pas car ce Hal Jordan n’a jamais été vu comme un héros par le spectateur.


Devenu le symbole d’une certaine génération refusant de transmettre ses privilèges, Jordan se heurte à un rookie ambitieux, John Stewart, auquel Aaron Piere offre son physique intimidant, sa froideur, son ambiguïté, se transformant en rage incontrôlable contre son « mentor » quand le climax arrive, car c’est bien de cela dont toute la série parle – de la rivalité entre Jordan et Stewart, le vieux contre l’ancien, blanc contre le noir (bel épisode 3 où la thématique de la méritocratie chez les personnes racisées est abordée de manière jusqu’au boutiste – les trisomiques habituels parlant de « racisme anti blanc »alors que tout l’épisode fait la démonstration de la folie de la programmation d’un enfant soldat destiné à remplacer son père, enfin bref ) Car toute la série tourne autour de cela, la nature contre la programmation, l’inné contre l’acquis – et du rôle de la peur dans tout cela qui nous empêche de choisir notre vraie voie – le dernier dialogue entre John et Noah est à cet égard assez marquant. D'ailleurs John trouve sa propre lanterne, son propre serment et finalement sa propre voie à la fin de la série - ce qui est une idée assez brillante.


Mais est-ce bien le but d’une adaptation de Green Lantern de parler de cela ? Je parlais des chevaliers de la table ronde plus haut, mais pour moi un des aspects les plus intéressants et créatifs du comics est la créativité mises dans les constructions des anneaux – une seule occurrence dans Lanterns, quand John construit son espèce de foreuse, le reste ? des grosses bulles vertes et un oiseau, c’est quand même dommage de passer à côté de l’aspect un peu merveilleux du comics, un peu bêbete mais efficace : l’arme la plus puissante de l’univers est une bague qui construit ce qui nous passe par la tête. Et si la série distille quelques bouts de lore, les gardiens, Sinestro, tout cela reste un peu terre à terre. Beaucoup de choses restent hors-champ. Le problème de la série ne vient pas de ce qu’elle montre, mais surtout de ce qu’elle ne montre pas – le génocide de Zoé, Abin Sur etc…


Je suis donc partagé sur cette saison 1 de Lanterns qui bénéficie d’une écriture assez brillante, s’accroche à son concept coûte que coûte – et c’est louable – mais pour la suite, j’espère encore plus ambitieux visuellement avec la même qualité d’écriture de personnages et de thèmes.





Von-Theobald
7
Écrit par

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Créée

le 6 oct. 2026

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