On peut reprocher à cette série de mélanger polar, drame et super-héros. On peut aussi lui reprocher de ne pas être suffisamment spectaculaire. On peut enfin reprocher à James Gunn d’avoir fait confiance à deux grands scénaristes, Damon Lindelof (Lost, The Leftovers, Watchmen) et Chris Mundy (Ozark, True Detective saison 4), pour sortir des sentiers battus du blockbuster classique, le tout piloté par un habitué de l’univers DC, Tom King, qui a veillé au grain.
On pouvait donc légitimement avoir peur que cette série soit catastrophique, notamment avec trois fortes personnalités créatives aux commandes, qui auraient très bien pu ne pas s’entendre et nous proposer une œuvre incohérente, dysfonctionnelle et ennuyeuse.
Pour ma part, Lanterns m’a redonné l’espoir de voir à nouveau une œuvre qualitative, humaine et dotée d’une écriture fine, comme je n’en avais plus revue depuis la saga X-Men ou la série Legion. Une véritable et magnifique lettre de noblesse à la série de super-héros, comme Damon Lindelof avait déjà pu le faire avec Watchmen.
Et surtout, elle m’a permis d’oublier le dernier Supergirl, film paresseux, désastreux, calamiteux et indigeste et enfin cet acteur que je ne supporte plus de voir à l’écran, qu’Hollywood chouchoute et a façonné à ses désirs : Ryan Reynolds (Deadpool, Green Lantern).
Voilà pour l’introduction.
La force de cette série réside justement dans ce savant dosage entre les trois genres évoqués plus haut, sans oublier l’humour cynique de Kyle Chandler, qui vient régulièrement contrebalancer le drame et le spectaculaire.
L’une des grandes intelligences de Lanterns est aussi d’avoir volontairement choisi la Terre comme principal terrain de jeu, plutôt que de se perdre immédiatement dans un univers cosmique et spectaculaire. Les protagonistes restent profondément humains : ils ont de gros egos, de l’ambition, des certitudes, mais doutent aussi, à un moment ou à un autre, de leurs capacités. Ils sont confrontés à l’amitié, à l’amour, mais également au poids de leurs parents, ceux qui ont défini, construit, dirigé et parfois contrôlé le destin de ceux qui deviendront les futurs Green Lantern.
Et d’ailleurs, quelle admirable idée d’avoir proposé une bromance et même davantage, une véritable relation de filiation entre un disciple et son père spirituel, aussi subtile que complexe entre Hal Jordan et John Stewart.
Car c’est probablement dans cette relation que Lanterns trouve son véritable cœur. Derrière les pouvoirs, les costumes et les enjeux héroïques, il y a deux hommes que tout oppose et qui vont pourtant apprendre à se comprendre, à se jauger et finalement à se transmettre quelque chose. Une relation qui dépasse largement la simple dynamique du mentor et de l’élève.
Et quel travail formidable de la part des trois acteurs principaux : Kyle Chandler (Friday Night Lights, Demain à la une), Aaron Pierre, que j’ai découvert dans cette série, et Kelly Macdonald, dont j’avais déjà apprécié le travail dans Boardwalk Empire. Cette dernière incarne une femme forte, au caractère trempé, évoluant dans un milieu où il y a encore très peu de place pour la « gent féminine ».
Enfin, quelle bonne idée également d’avoir repris et introduit des personnages bien connus de l’univers DC, comme Sinestro et Guy Gardner, sans pour autant laisser ces figures iconiques prendre le dessus sur le véritable sujet de la série : ses personnages, leurs failles, leurs rapports humains et leurs choix.
C’est finalement ce que j’attendais depuis longtemps d’une adaptation de super-héros : que les pouvoirs et le spectaculaire soient au service des personnages, et non l’inverse. Lanterns ne cherche pas constamment à nous rappeler qu’il s’agit d’une série de super-héros. Elle prend le temps de raconter des hommes et des femmes confrontés à leurs propres limites, à leur héritage et à leurs responsabilités.
Et c’est peut-être justement pour cette raison qu’elle fonctionne aussi bien : en cherchant moins à nous impressionner, Lanterns parvient enfin à nous intéresser et nous toucher.