Quand MCU nous donne à voir un super héros qui a un gros problème (mais un très gros problème) de santé mentale, il offre une représentation sensible et très empathique d’un personnage fascinant. Si la vérité se trouve dans un hôpital psychiatrique, imaginez le sens que peux englober le mot "justice".
La force de cette série est sa structure narrative. Si moi spectateur j’ai senti un malaise certain en découvrant les troubles de personnalité du héros, je n’ai pu m’empêcher de suivre son parcours au fil des épisodes pour y découvrir bien sûr sa souffrance mais surtout son désir de vaincre son trouble mental ce qui rend ce personnage très attachant dès le 2ème épisode. La structure décousue en apparence, fragmentée, de la narration n’est que l’expression du trouble dissociatif de l’identité dont souffre le protagoniste qui bien souvent s’interroge sur ses « trous de mémoire ». On ne sait plus ce qu’il faut « croire » ou voir et on se perd entre une « réalité » confuse et les hallucinations. On se retrouve plongé dans la même incertitude que le héros.
Tout est déstabilisant dans Moon Knight (qui pour rappel appartient au monde de MCU) : le personnage bien entendu et la réalisation (des ellipses de temps et d’espaces, un cadrage impressionnant parfois, des changement de lieux brutaux, la présence des « miroirs » qui permettent aux diverses personnalités du héros d’échanger). Et lors de ces échanges, l’interprétation de Oscar Isaac est, elle aussi, puissante, fascinante et merveilleuse : grâce aux postures corporelles, aux intonation de voix et aux expressions faciales, l’acteur parvient à différencier les différents personnages qui habitent notre héros (peut-être faut-il voir la série pour comprendre mon propos).
Outre la multiplicité psy du héros il y a aussi une aventure héroïque qui nous plonge également dans un monde bien moins familier : la mythologie égyptienne. Et on s’aperçoit que la photo est magnifiquement utilisée en privilégiant des couleurs chaudes dans les scènes égyptiennes et des couleurs froides dans les scènes qui nous ramènent à la quotidienneté du héros, de la lumière et de l’obscurité pour exprimer son trouble dissociatif d’identité. Situer l’action dans la mythologie égyptienne permet également de traiter symboliquement la "dualité" du protagoniste. Ce décor interroge sur la multiplicité des personnages qui habitent le héros tout comme il présente une multiplicité de dieux qui s’affrontent. Je ne veux rien spoiler mais l’épisode de la traversée du désert fragmenté par la présence de scènes dans un hôpital psychiatrique est sensationnel. La tension dramatique, les acteurs magnifiques, les décors splendides font oublier le malaise ressenti au 1er épisode et nous montrent que MCU peut donner un 1er rôle à un personnage ambigu, parfois amoral même. A voir en VO pour la prestation exceptionnelle de Oscar Isaac et écouter les intonations terrifiantes de Ethan Hawke.