Polar Park
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Polar Park

Série Arte (2023)

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Troisième comédie qui m'a franchement plu cette année, rien ne va plus, le Rubicon est franchi : je suis une joyeuse drille ! Qui l'eût cru ? Mais là où l'humour un peu décalé de Poupoupidou avait retenu mon attention et emporté mon suffrage, le glissement plus affirmé de Polar Park m'a franchement réjouie. Je vais finir par guetter impatiemment la prochaine comédie en demi-teintes... moi, l'Attila de l'anti-gaudriole, le Préfet Lallemand de la lutte contre l'humour gaulois ! Rien de cela ici, que du subtil. Déjà, c'était une excellente idée d'importer les codes du polar à l'américaine à Mouthe, la ville la plus froide de France. Rien que le jeu de mot bilingue du titre s'est attiré ma sympathie d'emblée. Une petite fille trouve une oreille coupée dans la neige et c'est parti pour une double enquête rocambolesque parce qu'artisanale et un peu perchée sur les traces d'un improbable serial killer s'ingéniant à reproduire par ses crimes des tableaux de maîtres. Un Seven dont le criminel sanguinaire serait un fan d'Alain Jaubert ! Ce sont ces références croisées qui font tout le sel de cette mini-série ultra-réussie. Ça et l'interprétation. Tous les personnages sont impeccablement incarnés (ovation pour Rouve quand il apprend le secret de ses origines à la fin et vivats enthousiastes pour Pierre Lottin, qui campe avec brio le fils naturel de Forrest Gump et Hannibal Lecter). Et les thèmes brassés : la joyeuse mixité sociale des services de police, l'isolement quasi familial des villages de montagne, l'improbable acculturation américaine des doubistes, la résilience des coutumes franchouillardes les plus tocardes (mais qu'on ne peut pas s'empêcher d'adorer), le tarissement de l'inspiration littéraire, et j'en passe, bref, un joyeux méli-mélo dont le dosage stœchiométrique aboutit au cocktail quasi parfait. A la fin, la voix off de l'écrivain doucement ironique apporte une conclusion très appropriée sur les criminels attachants. C'est ça, exactement : tous ces personnages sont éminemment attachants, un peu à côté de la plaque, paumés, sidérés, voire ahuris, et ils nous changent agréablement de nos contemporains si avides d'"avoir la rèf", de "cocher les cases" ou d'"avoir les codes", autant d'expressions urticantes dont les archéologues du futur pourront dénombrer les victimes inconscientes dans les registres des asiles de France. Bref, au divertissement on peut ajouter une critique sociale désabusée mais malgré tout optimiste, pour qui sait se réjouir de l'irruption d'accents régionaux (les fameuses "minorités audibles" discutées à l'Assemblée, des fois on croit rêver...), de déviants en tous genres et de tocards sympathiques sur son écran. Un hymne à la diversité et aux losers qui fait chaud au cœur.

Créée

le 13 nov. 2023

Critique lue 66 fois

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