Le football total, nous dit wikipedia, est un principe de jeu de football qui propose un jeu offensif basé sur le mouvement et la permutation des postes durant les matchs. Ainsi, au lieu de séparer les postes de défenseurs et d'attaquants, le football total oblige chaque joueur à participer à l'attaque et à la défense en fonction des moments du match. Ce style de jeu impliquait une grande polyvalence des joueurs et surtout de solides capacités physiques et techniques.
« Jouer au football est très simple, mais jouer simple au football, c'est la chose la plus difficile qui existe. »
Ce style (ce n'est plus wikipedia qui parle mais moi) implique qu'il n'y a plus forcément de joueur star. La star, c'est l'équipe même si il existe parfois des rouages plus flamboyant que d'autres dans ce style de jeu (notamment des milieu qui font la jonction entre la défense et l'attaque et jouent le rôle de métronome de cette tactique folle).
Ted Lasso est un peu aux séries ce que le football total fut au foot. Aucun élément ne surnage vraiment. La réalisation est assez banale, le jeu d'acteur n'est pas incroyable voir même saupoudré régulièrement de surjeu, le scénario est sympa mais sans grande originalité ni dans son pitch de base ni dans son exécution. Mais c'est la capacité de chacun de ses éléments à se mettre au service des autres qui permet l'alchimie qui fait de Ted Lasso une série si populaire, et finalement si réussie.
Bill Lawrence (à la création et production, avec entre autre Jason Sudeikis, l'acteur principal) parvient souvent à cela (Scrubs ou Spin city).
Pour en revenir à Ted Lasso, l'histoire est donc celle d'une riche « femme de », qui au détour du divorce avec son mari récupère son club de foot. Elle décide de le torpiller pour faire chier son ex mari, et recrute pour ce faire un américain coach de foot US universitaire qui n'y connaît rien au soccer. Ce dernier est dans une mauvaise passe dans son mariage et cherche donc à rebondir en prenant du recul avec sa femme. Il débarque donc dans un club en pleine crise.
Pas mal de ressort comique vont initialement reposer sur le choc culturel américain vs européen, football anglais vs sports américain. Puis rapidement, le ressort comique va venir s'appuyer sur les personnages et leurs interactions. En premier lieu Ted Lasso, sorte de Ned Flanders le côté cul béni en moins. Ted est toujours gentil, toujours à vouloir se mettre au service des autres, tentant d'anticiper les besoins et envie de chacun. On comprend vite que c'est son style de coaching : une sorte de maternage toujours bienveillant et optimiste, jusqu'à l’écœurement parfois.
Mais, et c'est là que ça marche, les auteurs réussissent à trouver le parfait équilibre entre la gentillesse et les moments d'émotions ; entre la certitude bienveillante de Ted et les errements émotionnelle et philosophique qu'il traverse derrière sa façade. D'une part, nous avons été habitué ses dernières années à n'avoir que des anti-héros, qu'on aime malgré leur personnalité pathologique et/ou malveillante. D'autre part, on attends des séries des rebondissement, des trahisons. Rien de ça ici, Ted est toujours gentil et bienveillant, les autres personnages finissant souvent au diapason de Ted, tant sa force de gravité de gentillesse est grande.
Petit à petit, les autres personnages se retrouvent transformer par cette gentillesse. Le joueurs vieillissant grincheux devient plus sympa et fini par prendre sa retraite puis revenir dans un nouveau rôle. Le bellâtre beckhamien fini par montrer ses failles et comprend ses erreus après s'être profondément égaré. La présidente du club fini par prendre goût à cette équipe et ne cherche plus à la torpiller. Mais le tout sans jamais complètement dénaturer le personnage de base. Ted ne transforme par les personnes qui gravite autour de lui, il les révèle.
Et c'est ça qui marche si bien. On reprend goût à la gentillesse, on voit ce qu'elle permet. Il n'y a plus besoin de stratégie, de complots, de secrets. Juste d'être gentil et de permettre à chacun d'advenir.
On saupoudre le tout de personnage qui prennent de l'ampleur sans voler la vedette (Juno Temple magistrale, Jeremy Swift régulièrement dans le rôle du vieux sage, Nick Mohamed dans le rôle de Nathan qui permet un arc narratif s'aventurant dans la méchanceté...) ; on y ajoute des accents londoniens aux relents de Misfits ; et quelques failles intelligemment exploité (le personnage de la psychologue Sharon Fieldstone ou du journaliste Trent Crimm viennent apporter l'amertume nécessaire) ; et on obtient une série feel good mais pas idiote, une série humoristique mais pas lourdingue.
Bref, un petit bijou sans prétention.
Seul problème, tout comme le football total, ce style se risquera rapidement à s'écraser contre des stratégie scénaristique plus spectaculaire, plus réaliste dans l'atteinte de ses objectifs et plus efficace.
Mais en 3 saisons, Ted Lasso a proposé un propos bienveillant, gentil et efficace. Et en cette période morose, avoir un personnage gentil qui réussi sans se compromettre, ça fait du bien.
Futbol is life, mais Ted Lasso is a kind life !
(mention spéciale aux chant de supporter, et à l'entétant « He's here, he's there, he's every fucking where! Roy Kent, Roy Kent! » que je met au défi de ne pas chantonner ensuite)