100 Mètres ressemble d’abord à une fable rassurante : le talent brut face au travail acharné, la course comme terrain neutre où chacun, à force d’effort, finit par trouver sa place. Une histoire parfaitement exportable. Trop, même. Et pourtant, très vite, quelque chose déraille. Et ce déraillement-là est la chose la plus précieuse du film. Kenji Iwaisawa ne cherche pas à réconcilier les trajectoires. Il laisse l’injustice s’installer. Togashi court parce qu’il sait courir. Il ne doute pas de son corps, il doute de tout le reste. Komiya, lui, court parce qu’il doit courir. Parce qu’il a appris que sans cela, il n’aurait rien. Le film ne fait pas semblant de croire que ces deux moteurs se valent. Il montre au contraire à quel point ils produisent des vies incompatibles. La piste devient un espace politique discret. Pas un symbole appuyé, pas un discours. Un endroit où l’effort ne garantit rien, où le mérite n’efface jamais complètement l’avantage initial. 100 Mètres ne corrige pas cette injustice, ne la sublime pas, ne l’excuse pas. Il la laisse faire son travail corrosif sur les personnages. La rivalité ne rend pas meilleur. Elle rétrécit. Elle enferme dans un rôle, dans une fonction. Courir devient une identité de remplacement. Et quand on enlève la course, il ne reste pas grand-chose. Le film ose cette idée sans la souligner. Netflix aurait pu lisser tout cela, transformer le récit en parabole inspirante sur le dépassement de soi. 100 Mètres résiste partiellement à cette tentation. Pas héroïque. Pas provocateur. Mais suffisamment honnête pour ne pas mentir. 14/20. Un film qui accepte de laisser intacte l’injustice qu’il met en scène, et qui refuse d’en tirer une leçon consolante.
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