Le film a bien failli être rebaptisé "Juste la fin de takeshi29"

Avis sur Juste la fin du monde

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Je ne vais pas faire long, non pas que je n'ai que peu de choses à dire sur ce film, tout au contraire, mais je suis simplement vidé, ravagé, "éparpillé par petits bouts façon puzzle" aussi bien physiquement que psychiquement. Non non, je ne viens pas de courir un marathon ou de me faire l'intégrale d'Heidegger, un jeune homme de 27 ans a juste fait de moi sa marionnette, comme il sait si bien le faire avec ses acteurs, et m'a en l'espace de 97 minutes retourné le cerveau et ravagé le cœur.

Pourtant je le connais l'accusé, je connais ses méthodes, et dès l'ouverture de son dernier méfait, j'ai compris où il voulait m’entraîner et comment. Je lui ai même balancé un "Viens avec tes gros sabots, cette fois-ci je ne tomberai pas dans le piège."

"Mais oui fais-en des tonnes avec trop de tout : trop de bruit et de fureur, trop de douleur, trop d'effets de caméra qui fascineraient un nouveau venu dans ton monde ou plutôt dans ta fin du monde, trop de maquillage aux allures de grand-guignol, trop de mots et de non-dits. Trop de tout je te dis, Xavier, je t'ai bien étudié tu sais, je connais tes manies, et tu ne m'auras pas car j'ai vu dès les premières images de ta nouvelle séance de torture que tu voulais encore faire le malin en utilisant de manière éhontée la pratique du gros plan. J'ai disséqué ta mise en scène surfabriquée, compris très vite où tu voulais en arriver avec tes courtes focales, repéré que tu allais tenter de me faire plonger avec ton utilisation redoutable (et que je redoutais) de la musique. Tu n'es pas le premier à user et abuser du violon, j'en ai connu d'autres qui ont tenté de m'attraper avec un petit titre sorti de derrière les fagots. Tu sais je connais très bien un certain Haneke alors ce n'est pas un petit pisseux comme toi qui va me faire peur. Et je vais te dire autre chose et une chose rédhibitoire : tu as cru bon de mettre sous mon nez, et même très très très près, le visage de l'actrice que j'exècre le plus au monde, la Marion. Alors tu l'as compris, j'aime ton travail, je vais donc passer un bon moment à te regarder exercer ton art mais il est cette fois hors de question que je plonge, tête la première, dans une histoire en fait très banale de cette famille en morceaux. Ne fait pas "Festen" qui veut mon petit Dolan."

Et soudain c'est le drame...

Je commence à avoir mal au ventre, je ne peux m'empêcher de sourire en voyant Martine et Suzanne se déhancher "maladroitement" sur du O-Zone, j'ai envie de prendre Catherine (Marion Cotillard) dans mes bras, je pleure dès que Louis nous fait visiter son panthéon émotionnel, j'embarque le cœur et les entrailles serrés dans sa machine à remonter le temps, je me surprends à m'accrocher aux accoudoirs du fauteuil tant certains échanges ultra-violents entre tes protagonistes provoquent chez moi douleur et terreur, à tel point que je voudrais monter en voiture avec Louis et Antoine pour les protéger l'un de l'autre, pour les empêcher de se faire du mal. Je refrène de toutes mes forces l'envie de me lever pour t'interdire de finir le bal ainsi, je refuse catégoriquement que cette hystérie collective soit les derniers mots que se seront échangés ces êtres déchirés que j'aime tendrement alors que 90 minutes auparavant je les trouvais ridicules, vulgaires, insupportables. Non Xavier, tu n'as pas le droit de laisser partir Louis ainsi, cet oiseau perdu, se fracassant dans cet habitat hostile ne peut pas être ta conclusion.

J'ai beau éructer, sangloter, prier, tu n'entendras pas mes suppliques et tu me laisseras là à l'état de mort cérébrale, incapable de me lever de mon siège, terrassé par les douleurs qui surgissent à présent de mon estomac, de ma "pompe à vie", de mon cerveau. Comment je vais faire Xavier, ma fille de 16 ans est là, assise à côté de moi, et dans quelques secondes la lumière va se rallumer. Reprends-toi takeshi, il faut que tu sois fort et vaillant, c'est ça un père, ce n'est pas une vulgaire poupée de chiffon qu'aurait réussi à mettre en lambeaux un apprenti-sorcier en à peine 1h30. Trop tard, les dés sont jetés, il va falloir faire face, je n'ose pas regarder l'être qui m'est le plus cher au monde. Et elle non plus visiblement. Honte à toi Dolan, tu as aussi massacré une adolescente innocente. Et gloire à toi car tu as ensuite été à l'origine de discussions enflammées, passionnées entre un papa et une fifille, et j'avoue que j'aurais volontiers donné un petit bout de notre amour commun à tes Martine, Antoine, Louis, Suzanne et Catherine.

Comme je l'évoquais plus haut, la musique joue un rôle essentiel dans le dernier joyau du petit génie québécois. En plus de la magnifique partition originale de Gabriel Yared, Xavier sait nous faire passer par tous les sentiments avec une playlist aux petits oignons. Avec dès l'ouverture ce petit bijou de notre Camille nationale...

https://youtu.be/E5goc_uJiDY

https://youtu.be/s1tAYmMjLdY
https://youtu.be/VjHMDlAPMUw
https://youtu.be/WizNXQGBMEk
https://youtu.be/jqFWDElfmWA
https://youtu.be/sMeRXE8tVc0
https://youtu.be/eYoINidnLRQ
https://youtu.be/9pQo9OQlIB8
https://youtu.be/z3YMxM1_S48

Personnellement je ne me remets pas de cette scène sublime où Louis, la tête collée à son ancien matelas, se remémore cette étreinte belle à pleurer avec Pierre Jolicoeur, rythmée par la fantastique reprise de "Une miss s’immisce" de Françoise Hardy par les Exotica...

https://youtu.be/sMeRXE8tVc0

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