Avec A House of Dynamite, Kathryn Bigelow propose une approche quasi-documentaire des rouages d’une crise nucléaire. Un missile d’origine inconnue se dirige vers le territoire américain. La cinéaste choisit de suivre en parallèle et de manière hyperréaliste les différents centres de commandement militaire, les unités opérationnelles, la cellule de crise présidentielle, et tous les maillons intermédiaires qui doivent agir et arbitrer dans l’urgence, en connaissance de cause des conséquences.
Pour structurer ce maelström, Bigelow adopte un dispositif en trois volets successifs : trois segments décrivant les mêmes événements, mais vécus par des groupes de personnages différents. Ce n’est pas un montage simultané ni une approche à la Rashomon — il ne s’agit pas de points de vue divergents, mais plutôt d’un effet de redoublement narratif, visant à isoler les dilemmes, les silences, les blocages de chacun.
C’est là que réside à la fois l’originalité et la limite du film. L’idée est stimulante sur le papier, mais son exécution s’avère décevante. D’autant qu’en dehors de quelques tentatives d’humanisation (un enfant malade, des fiançailles, une femme enceinte) les personnages restent majoritairement réduits à leur fonction. Cette approche “naturaliste” du récit finit par étouffer toute implication émotionnelle. On ne nous donne pas assez de matière pour créer de l’empathie. Certains segments donnent l’impression de regarder un compte-rendu militaire : froid, méthodique, sans véritable prise émotionnelle. Dès la deuxième partie, le sentiment de redite s’installe. L’action est globalement identique, sans variations assez fortes pour relancer l’intérêt. On anticipe ce qui va se passer, et cette prévisibilité vient casser l’effet dramatique, là où le film avait la lourde tâche de maintenir son intensité. Résultat : la tension promise se dilue, le rythme s’affaiblit, et la dernière partie peine franchement à mobiliser. Enfin, la fin est particulièrement décevante et donne un sentiment d’inachevé. J’irais jusqu’à dire que c’est une forme de lâcheté narrative.
Dommage, car sur le plan technique, le film est plutôt réussi. La réalisation est nerveuse, précise, souvent immersive. Bigelow sait coller à ses personnages dans les moments critiques, montrer la tension sans grands effets, mais par une mise en scène rigoureuse, des cadres serrés, une gestion du son et du silence efficace. Les comédiens sont à la hauteur : ils traduisent la fatigue, l’urgence, le doute, avec justesse.
En fin de compte, A House of Dynamite est un film audacieux dans son concept, mais peu convaincant dans son exécution. Trop froid, trop répétitif, trop clinique. Il ne manque pas de qualités formelles, ni de sincérité dans son approche, mais son parti pris de fragmentation n’est jamais rattrapé par un souffle narratif à la hauteur.