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Crachat au visage
Ce film est un véritable crachat au visage des spectateurs, mais parce qu'il est propret et qu'il ne prend pas de risques (contrairement à Prometheus et Covenant) il ne recevra pas la haine qu'il...
le 28 août 2024
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En 2017, Alien : Covenant sort au cinéma, marquant le deuxième volet de la trilogie prequel imaginée par Ridley Scott, qui souhaite explorer les origines des célèbres xénomorphes. Ce film poursuit l’ambitieuse démarche du réalisateur de lier la mythologie Alien à des thèmes plus philosophiques, comme le créationnisme, l’intelligence artificielle, et la quête d’immortalité. Il ne reste alors qu’un troisième film à réaliser pour conclure cette trilogie sur la genèse des xénomorphes.
Cependant, malgré les ambitions de Ridley Scott, la réception de sa trilogie est mitigée. Les films divisent les critiques et surtout, déçoit une partie des fans de la première heure, qui espéraient un retour à l’horreur claustrophobe du film original. Le box-office, lui aussi, est en demi-teinte : les films peinent à rentabiliser leur budget. Face à ce constat, la 20th Century FOX décide de réévaluer la direction prise par la franchise. Le studio remet en question l’avenir de la trilogie de Scott.
Le coup de grâce pour la vision de Ridley Scott survient lorsque Disney rachète officiellement la 20th Century FOX. Ce changement de propriétaire entraîne une refonte des priorités stratégiques autour des licences. Bien que Disney affirme vouloir poursuivre l’exploitation de la franchise Alien, l’implication directe de Scott devient incertaine. L’auteur de la saga est mis à l’écart, sa trilogie inachevée suspendue indéfiniment, laissant les fans dans l’expectative et l’univers narratif de la prélogie sans véritable conclusion.
Disney, dans sa volonté de relancer la franchise tout en la rendant accessible à une nouvelle génération, prévoit rapidement le développement parallèle d’un nouveau long-métrage et d’une série télévisée. Ce projet d’expansion trans-médiatique s’inscrit dans une logique de franchise à la MARVEL ou Star Wars. Cependant, la pandémie mondiale de COVID-19 bouleverse les plannings de production à Hollywood. Le développement de ces nouveaux contenus Alien est ainsi mis en pause, ce qui prolonge encore la période d’incertitude pour la saga.
En 2022, Fede Álvarez et Rodo Sayagues sont approchés pour proposer un nouveau scénario. Celui-ci s’inscrit entre les événements de Alien et Aliens, et se veut un retour aux sources horrifiques et intimistes de la saga. Ce projet séduit les producteurs, d’autant plus que Álvarez et Sayagues sont des passionnés de longue date de l’univers créé par Ridley Scott et Hans Ruedi Giger. Certains membres de l’équipe technique des précédents films rempilent pour ce projet, gage d’une certaine continuité visuelle et thématique.
Fede Álvarez, après m’avoir convaincu avec son Evil Dead viscéral et respectueux de l’original, prend naturellement les rênes de la réalisation. Son style nerveux, sa capacité à créer une tension palpable et son respect de l’univers qu’il adapte font de lui un choix judicieux pour redonner à la franchise Alien ses lettres de noblesse.
En 2024, Alien : Romulus, considéré comme un stand-alone respectueux du canon, sort enfin au cinéma.
Fede Álvarez signe un film qui, paradoxalement, brille par son absence de véritable empreinte personnelle. L’œuvre se présente comme une sorte de synthèse exhaustive de tout ce que la franchise Alien a pu offrir : on y retrouve des éléments visuels et narratifs issus de la tétralogie originelle, des mécaniques de tension inspirées des jeux vidéo, et même des réminiscences des thématiques existentielles abordées dans la trilogie avortée de Ridley Scott. Ce patchwork assumé fait du film un objet de cinéma qui ressemble presque à une lettre d’amour soigneusement rédigée par un fan consciencieux plutôt qu’à une œuvre de cinéaste iconoclaste.
Honnêtement, en tant que grand fan de la saga, cette approche référencée ne me dérange pas le moins du monde. Au contraire, j’ai pris un plaisir sincère à retrouver tous ces clins d’œil, ces décors familiers, ces sons, ces codes visuels, tous ces easter-eggs qui viennent flatter ma mémoire de spectateur. Cela dit, je comprends parfaitement que ce trop-plein de références puisse lasser ou dérouter ceux qui attendent un film plus audacieux ou novateur. On décèle malgré tout, par touches discrètes, quelques signatures d’Álvarez dans sa gestion du gore, son usage du silence, sa colorimétrie, et son sens du découpage, mais le film demeure avant tout une œuvre de fan pour les fans. Et à ce titre, Álvarez s’est manifestement fait plaisir.
L’une des grandes réussites du film tient à la manière dont Álvarez redonne de l’importance aux Facehuggers. Loin d’être relégués à de simples outils narratifs servant à introduire le xénomorphe, ils jouent ici un rôle central dans la première moitié du film. Leur comportement est davantage mis en scène : ils se déplacent de manière organique, presque arachnéenne, et instaurent une tension palpable. Leurs apparitions déclenchent une véritable peur viscérale, renouant avec la terreur que leur première apparition au cinéma avait suscitée. Le film réussit même à nous faire ressentir à nouveau de la peur avant que le xénomorphe n'entre en scène.
Une autre réussite notable est la mise en valeur du xénomorphe lui-même. Contrairement à d’autres opus où les créatures se multiplient jusqu’à perdre de leur aura, le film fait le choix de la rareté. Le xénomorphe est quasiment unique, ce qui le rend immédiatement plus menaçant, plus imprévisible. Il ne devient jamais un simple monstre / insecte de ruche, mais redevient une entité solitaire, rusée, presque mythologique : l’organisme parfait. Álvarez réussit à le ré-iconiser, ses apparitions sont millimétrées, son pouvoir de destruction impressionne, et sa dimension purement prédatrice fascine.
Là où le film flanche davantage, c’est dans le traitement de ses personnages humains. Aucun ne parvient véritablement à se détacher ou à provoquer une réelle empathie. Même Rain, pourtant positionnée comme une héroïne centrale, peine à convaincre. Elle évoque Ellen Ripley, mais sans jamais égaler son intensité dramatique ou sa complexité psychologique. L’impression qui domine est celle d’un casting trop jeune, trop lisse, on a parfois l’impression d’avoir affaire à des adolescents jetés dans un cauchemar spatial. Le seul personnage un tant soit peu marquant reste l’androïde Andy, qui, fidèle à la tradition des Ash, Bishop ou David, bénéficie d’une certaine ambiguïté et d’un traitement un peu plus soigné.
Cailee Spaeny et David Jonsson incarnent donc respectivement Rain et Andy, les deux protagonistes du film. Leur jeu est correct, sans plus. Spaeny a déjà montré des choses intéressantes ailleurs, mais ici, elle se heurte à l’éternel problème de la nouvelle Ripley : toutes les actrices qui tentent de s’inscrire dans ses pas semblent écrasées par l’héritage de Sigourney Weaver. Jonsson, quant à lui, est une découverte, agréable mais pas révélatrice. Le reste du casting est interchangeable, et ce manque d’incarnation affaiblit l’impact émotionnel du film.
Le dernier acte introduit une nouvelle créature, visiblement pensée comme une innovation dans l’univers de Alien. Malheureusement, cette tentative se solde par un échec artistique. Son charadesign est tout simplement raté : trop éloigné du xénomorphe classique pour convaincre, trop grotesque pour effrayer, il provoque surtout l’incompréhension. Ce choix casse la tension soigneusement construite jusque-là et laisse un goût amer en bouche. Sans ruiner entièrement l’expérience, cette créature ternit la cohérence esthétique du film et fait figure de fausse note regrettable dans une partition jusque-là plutôt bien orchestrée.
Alien : Romulus est un film hybride, tiraillé entre hommage fidèle et absence d’audace. Il saura séduire les fans historiques par son respect des codes, sa tension bien dosée et son ambiance horrifique. Fede Álvarez s’y montre rigoureux et passionné, mais ne parvient pas à imprimer une patte réellement personnelle à l’œuvre. Le film souffre de personnages peu mémorables et d’un final bancal, mais reste globalement une proposition solide, sincère, et surtout, bien plus respectueuse de l’ADN de la saga que certains de ses prédécesseurs. Un film somme, imparfait, mais attachant.
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le 3 août 2025
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