Alpha
5.5
Alpha

Film de Julia Ducournau (2025)

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Réparer et reboucher les fissures...

Alpha de Julia Ducournau me fait renouer avec la réalisatrice qui m’avait particulièrement déçu avec sa palme d’or Titane. Véritable dissection maladive du traumatisme, du regard des autres et du deuil, Alpha s’annonce comme un périple douloureux, comme le bilan de plusieurs années de préjugés, de souffrances et de recherches. L’œuvre n’est pas sans défaut mais elle essaye tant bien que mal de transmettre ses idées, bien trop nombreuses par moments, d’une densité peut être trop ambitieuse.


La première couche de lecture et celle qui me semble la plus évidente dans Alpha c’est la métaphore de la maladie qui renvoie énormément au Sida avec les préjugés de contamination. On est happé par des regards et des paroles qui contaminent plus que la maladie elle-même. À travers cette idée, on renvoie à la vision du SIDA dans les années 90 où il était assimilé aux personnes homosexuelles d’où la présence du professeur et de son conjoint qui représente le poids du regard des autres, aussi douloureux soit-il. Je pense également que la métaphore du racisme est à envisager, il est plus facile de mettre quelqu’un à l’écart socialement quand celui-ci se rapporte à des origines ethniques différentes. Je trouve que la portée sociale du film donne du cœur et est peut être la chose la plus simple à apercevoir car Julia Ducournau s’enfonce dans une fresque profonde et complexe, victime d’une ambition qui va perdre le récit au fur et à mesure qu’on approche de la fin.


Mais pour en revenir au sujet du film il est important d’analyser l’étrange virus dont il est question dans le film. Il est très difficile de voir les nombreuses expressions de souffrances, de voir cette maladie qui transforme littéralement en statue. L’idée de fixité est très intéressante car elle indique aussi une fixité sociale sur l’idée qu’ont les gens sur les autres. Mais elle peut indiquer aussi une certaine idée d’immobilité sur les traitements médicales et surtout sur le manque de personnel. Qu’il est particulièrement difficile de voir ces hôpitaux vides, débordant de souffrances et d’une lumière qui s’éteint progressivement. Les statues ne parlent pas mais les positions expriment la douleur tout comme le manque provoque le tremblement. La sensation du manque dans Alpha se rapporte énormément au déni de soi-même et d’un possible diagnostic, le tremblement est frénétique et Tahar Rahim l’exprime terriblement bien. Sa silhouette amaigrie, sa façon de se mouvoir et de s’emparer de l’espace. Les ombres agissent sur son corps et renvoie une vision de terreur tout comme une vision de pitié. L’addiction semble être la véritable lie du récit, empêchant véritablement de passer le pas du traumatisme et des difficultés familiales. Ces dernières qui laissent des fissures qui s’ouvrent progressivement, s’exprimant par la pierre qui casse et qui s’effrite lentement. L’idée de rendre visuelle quelque chose qui a une portée psychologique rend la chose perturbante, à la limite du malaise.


Alpha pourrait être la clé de quelque chose, celle qui peut fouiller plus profondément dans les cicatrices familiales, celle qui pourrait être un remède au traumatisme indépendamment du virus qui lui est toujours présent. Malheureusement Julia Ducourneau se perd un peu quand elle commence à traiter plus intensément du rêve et des deuils, on se retrouve à essayer de comprendre plusieurs niveau de lectures qui inculque évidemment une certaine forme de déni au départ de quelqu’un. Golshifteh Farahni est d’ailleurs à ce sujet extrêmement poignante sur les effets de l’amour et de la passion dans la recherche médicale. Elle installe une forme de barrière à la guérison, une forme d’insouciance qui la mène progressivement à sous-estimer la possible contamination de sa fille. L’amour semble dépasser la rationalité et d’un côté le constat n’est pas étonnant. Le sujet du deuil mérite à lui tout seul de revoir le film car le final est particulièrement visuel et touchant. La matière s’effrite tout comme on accepte de laisser aller les choses ( d’où la présence de Let It Happen de Tame Impala cette musique qui hante ma playlist et que j’ai été formidablement surpris d’entendre ) et de pouvoir faire son deuil dans une douleur moins marquée, dans une acceptation plus saine pour soi-même. Tout mérite d’y rejeter un nouveau coup d’œil pour mieux intercepter toute la complexité du message que nous offre Julia Ducournau. Une complexité causée par la densité de son œuvre qui s’éparpille et provoque une sensation discontinue des traitements de chacun de ses sujets. On abandonne un sujet et on y revient plus tard pour en reparler d’un autre, ce qui laisse l’impression d’un immense cahier de brouillon où on avance et on recule continuellement. Le traitement des sujets sont d’une efficacité détonnante mais n’aurait-il pas fallu une construction plus simple pour des sujets aussi humains et importants. Il ne s’agit pas de faire un film simple mais de le rendre plus accessible aux personnes qui souhaitent voir de leurs propres yeux la dégradation, la souffrance, la contamination, l’exclusion de manière peut être un peu moins métaphorique par moments surtout sur la fin. Mais le côté métaphorique apporte des idées visuelles absolument grandioses ce qui me laisse une impression à demi tranchant.


Je suis tout de même absolument convaincu de la proposition de Julia Ducournau, me laissant même l’envie d’un revisionnage futur pour mieux comprendre les aboutissants de l’œuvre car il est certain que j’ai raté grand nombre de détails ! Néanmoins je m’attendais à être plus bouleversé par cette histoire dont les sujets me touchent mais la construction y est sûrement pour quelque chose.

Maxou0995
8
Écrit par

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le 1 sept. 2025

Critique lue 10 fois

Maxou0995

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