"Bug" est le genre de film à concept indubitablement marquant. Une montée de tension paranoïaque relevant de l'emprise psychologique que les personnages exerce entre eux n'a pu que provoquer chez moi qu'une attention portée scrupuleusement sur cette histoire dramatique. Le doute plane et s’accroît au fur et à mesure que le film avance, chacun des personnages principaux est bloqué dans une optique de la réalité dérangeante renforcée par leurs propres hypothèses et les dires des protagonistes extérieurs qui pousseront jusqu'au dernier instant l'incertitude à son paroxysme. Où s'arrête donc la frontière entre la folie des personnages et la réalité intentionnellement montrée ? Tout cela est ici difficilement discernable.


Agnès déjà troublée par l'idée obsessive que son mari tout juste sorti de prison la retrouve, trouve réconfort auprès de Peter qui l’entraînera avec elle dans un châtiment psychologique fatal auquel elle était déjà prédisposée. Ashley Judd et Michael Shannon portent merveilleusement ce spectacle tragique à travers des interprétations magistrales. Le personnage de Harry Connick Jr ainsi que celui du docteur n'en sont pas moins en reste, ajoutant encore un peu plus de cette suspicion malsaine couronnant le film superbement mis à l'écran par William Friedkin.


Dans une ambiance poisseuse, les insectes sont ici symboliquement choisis comme déclencheur égarant le spectateur entre le délire partagé et le complot gouvernemental. Ces entités minuscule causant insidieusement la panique et la dégradation à la fois mentale et corporelle, réverbère l'image d'une société troublée allant jusqu'à sa propre auto-destruction. Nous observons le mutisme de deux individus fragile affaibli par le monde extérieur reclus dans un motel (leur servant métaphoriquement de cocon) afin de se métamorphoser en fidèles marionnettes prisonnières de leurs propres esprits.
Cette menace germant de l'intérieur déstabilise et délivre son arsenal paranoïaque de manière subtile appuyée de façon brillante par la mise en scène : insectes montrés mais non visible à l'écran, plan large sur ce qui pourrait être révélateur ( microscope, dent,...), perception alternée du réel s'axant sur un point de vue - celui des personnages principaux (bruit d'hélices d'hélicoptère, tremblement de terre,...) puis laissant le doute (passé de Peter, intervention du docteur,..). Tout cela se solde par une descente aux enfers éprouvante, où les personnages transformeront leur environnement au fur et à mesure que leurs comportements s’obscurcissent.


Le moins que l'on puisse dire c'est que "Bug" traite magistralement des différents stades d'un délire paranoïaque : Le motel passe d'un état ouvert à un lieu de plus en plus fermé sur l’extérieur lorsque le processus est encré dans l'imaginaire de Peter ("révélation", lien avec son passé) et se développe de façon cohérente (hypothèses logiques mais invraisemblables) de plus en plus poussé entraînant ainsi d'Agnès dans le processus.


N'empêche qu'on reste à douter, on finit par se prendre au jeu, à s'attacher, à se défaire, à contempler cette isolement délirant, à se surprendre à jubiler de voir une dent arraché à la pince, à être happé par le jeu démentiel de Shannon et surtout on en reste subjuguer par ce coup d'essai infiniment réussi.

Astaroth
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le 21 févr. 2015

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