Le réalisateur coréen Yeon Sang-Ho n’en a décidemment pas fini avec les zombies. Avec Colony, il boucle en quelque sorte sa trilogie des morts vivants, après l’excellent Dernier train pour Busan et le plus controversé Peninsula. Trois films qui ont eu les honneurs du Festival de Cannes : Dernier train pour Busan et Colony en Séances de Minuit, Peninsula sous la forme du Label Cannes 2020, le festival n’ayant pu se tenir à cause… d’une épidémie. Busan notamment m’avait fait fort impression : salué par la Critique comme le renouveau du film de genre, je l’avais trouvé redoutablement efficace et extrêmement malin dans le développement de son scénario. Peninsula m’avait laissé davantage de marbre : on retrouvait la pâte horrifique du cinéaste, mais noyé sous un torrent de CGI pas franchement réussis. Sans doute moins connu pour cela, le cinéaste était également adepte de l’animation à ses débuts – toujours dans le registre du genre – avec des films de VoD ou de plateformes comme Seoul Station (autre film de zombies) ou The Fake.
Colony a définitivement plus du Busan que du Peninsula. Peu de fonds verts, beaucoup de maquillage. Après le train, qui offrait de belles contraintes spatiales confinées, et la péninsule, zone urbaine coupée du reste du continent, Yeon Sang-Ho choisit un immeuble comme terrain d’expérimentation zombiesque. Le huis-clos dans un immeuble n’est pas nouveau dans le cinéma de genre, on pense bien sûr à [Rec], found footage qui suit l’intervention de pompiers dans un bâtiment, à Evil Dead Rise qui troque la cabane dans les bois pour édifice délabré de Los Angeles, ou aux récents films français Vermines – une invasion d’araignées – et La Tour de Guillaume Nicloux, et son brouillard opaque.
Nous sommes ici au cœur de Séoul, dans un immense gratte-ciel multifonction : un centre commercial au rez-de-chaussée ; des salles de réunions, conférences et colloques ; et un hôtel dans les étages supérieurs. Le tout en plein cœur de ville. Une entreprise de biotechnologie y tient sa convention annuelle, actionnaires, professeurs, chercheurs et biologistes : tout le gratin y est présent. C’est pile aà ce moment qu’un ancien employé-chercheur, licencié par le grand patron quelques mois plus tôt en raison du caractère amoral de ses travaux, décide de passer à l’action et de commettre un acte bioterroriste. Cette première partie du film est nettement la plus poussive. Malgré une scène d’intro sympathique – le terroriste appelle la police pour les informer qu’il va commettre un attentat - les enjeux semblent bien faibles, et les personnages assez caricaturaux. Fort heureusement Colony ne s’appesanti pas trop longtemps en blabla inutile, et la contamination arrive rapidement.
A partir de ce moment-là, le spectateur est servi ! On retrouve la vision des zombies de Yeon Sang-Ho : des êtres qui se transforment rapidement, et se déplacent vite. Bien loin des morts vivants lents et hagards de Romero. L’idée la plus réussie à mon sens est celle de l’évolution des zombies, de leur capacité d’adaptation. Le blob contaminateur connecte tous les monstres entre eux. De la même manière que les fourmis communiquent et apprennent les unes des autres, notre horde assimile vite les informations. D’êtres rampants et plutôt bêtes, les voilà qui évoluent et imitent leurs cibles humaines en se mettent debout, en comprenant que les mannequins des magasins ne sont pas des humains, puis en apprenant à utiliser les téléphones, à se camoufler pour tromper le monde. Avec leur capacité d'assimilation et de communication, ils sont en quelque sorte une race supérieure !
Dans la pagaille, l’immeuble est bien sûr bouclé par la police locale, le Préfet et le Ministre. Le petit groupe de survivants que nous suivons est rapidement pris au piège en territoire zombi. Il a la jeune et belle professeur émérite, l’enquêteur de police entré dans l’immeuble avant le bouclage, le responsable de la sécurité du bâtiment qui s’occupe de sa maman handicapée – son fauteuil électrique ne fera pas long feu -, la jeune lycéenne harcelée par ses camarades, la poufiasse harceleuse qui l’accompagne… Des traits de caractère bien marqués, chacun avec des problèmes préexistants à la contamination. L’enjeu du petit groupe est double : d’une part réussir à atteindre le toit du gratte-ciel, où une équipe militaire de secours pourra les exfiltrer par hélico ; d’autre part trouver le bioterroriste qui s’est préalablement inoculé l’antidote et que les zombies n’agressent miraculeusement pas.
Colony est redoutablement efficace, délicieusement violent, et visuellement assez inventif. Si le scénario et les rebondissements sont plutôt évidents – on devine aisément la fin -, le film est suffisamment généreux pour qu’on lui pardonne ses maladresses d’écriture. Après tout, on est là surtout pour voir du zombie s'attaquer à de bêtes humains.
Des morts-vivants comme ça, on en redemande tous les jours ! Colony est une belle manière de boucler la trilogie, et on a hâte de voir ce que Yeon Sang-Ho nous réserve pour la suite !