Qu'est-ce qu'il est frustrant ce Yeon Sang-ho.
A chaque fois il est à deux doigts de nous offrir de grands films mais son écriture n'est vraiment pas au niveau de ses talents de metteur en scène. Car encore une fois avec ce Colony, et je trouvais le même défaut à Révélations, Peninsula et, dans une moindre mesure, aussi un peu à Dernier train pour Busan et son spin-off animé Seoul Station, on a un bon concept, une bonne idée de départ, mais développée par un scénario qui manque très cruellement de finesse, de subtilité, et même de logique.
On a pour protagoniste une scientifique très intelligente qui comprend beaucoup de choses très compliquées mais qui met parfois 40 minutes à comprendre des choses primordiales et très simples à deviner, notamment deux éléments concernant l'antagoniste principal quasiment présentés comme des twists.. alors qu'ils sont d'une logique si implacable que nous, simples spectateurs, les comprenons en quelques secondes, ou en tous cas bien avant les personnages du film.
Le premier élément est le fait que le terroriste voit ce que les infectés voient (ce qui n'est compris que tard dans le film alors que dès qu'ils le retrouvent, il parle du fait que la protagoniste a déclenché l'eau via l'alarme incendie, ce qu'il n'a pas pu voir de là où il était enfermé). Le second est le fait que ce terroriste est le premier infecté, ce que la scientifique présente dans la cellule anti-terroriste ne devine pas sans l'aide de notre chère protagoniste, alors que cette même cellule anti-terroriste est au courant de cette information puisque le film s'ouvre littéralement sur l'antagoniste qui annonce aux forces de l'ordre qu'avant d'aller commettre cet attentat il a testé le pathogène sur lui-même et se l'est donc injecté.. Il est donc parfaitement clair qu'il est le patient zéro, et il n'y a donc aucune logique qu'ils découvrent ça en toute fin de film alors que l'info leur avait été donné depuis des heures.
Si l'on ajoute à cela les clichés énormes tels que l'adolescente tellement apeurée qu'elle en devient casse-couilles et fait des conneries au détriment de la survie des autres, ou les personnages tellement cons qu'ils ne sont pas capables de suivre des règles ultra basiques telles que "ne pas parler"... tout un tas de grosses facilités d'écriture via lesquelles on entend la voix de Yeon Sang-ho se disant "il me faut n'importe quel prétexte pour introduire une séquence dramatique à ce moment du film". Des stéréotypes extrêmement classiques visant juste à créer de nouvelles péripéties au détriment de toute subtilité. Pour couronner le tout, ajoutons également un certain flou concernant les règles du fonctionnement de ces infectés, de ce virus, et on a ainsi une jolie petite liste de défauts scénaristiques.
Le flou dont je parle est celui concernant l'aspect le plus important de ce nouveau type d'infectés et qui est donc au coeur du concept même censé faire l'originalité du film : la communication. On voit que lorsque les infectés veulent se transmettre des informations entre eux, ils se figent quelques secondes ou quelques minutes le temps de se partager ladite information. Alors pourquoi le terroriste arrive à voir à travers les yeux des infectés en permanence, sans avoir à se figer ? Ce qu'ils voient n'est pas considéré comme une "donnée" (pour reprendre les termes de la protagoniste), pour cette information là il n'y a pas besoin de se figer pour se la transmettre ? Peut-être y a-t-il un début d'explication dans le fait qu'il est le patient zéro et donc qu'il contrôle plus ou moins le reste de la horde, mais ce point n'est pas très clair et ressemble encore une fois à une facilité scénaristique, comme si Yeon Sang-ho se disait "pour lui on va faire différemment car ça m'arrange pour le rythme du film qu'ils ne se figent pas à chaque fois qu'il regarde à travers leurs yeux".
La frustration est donc très grande.. Car ceux qui me suivent depuis longtemps le savent, je suis immensément fan du cinéma coréen et suis rarement déçu par le cinéma de ce pays (je ne considère pas tout ce que je vois de coréen comme étant des chef-d'oeuvres, je sais rester objectif, mais je vois bien plus de bons films que de mauvais films venant de ce pays). Mais aussi et surtout parce que malgré tout, ce film a des qualités, tout comme en avaient Busan (que j'apprécie quand bien même je le trouve un peu sur-estimé) ou Révélations. Sans conteste, on peut affirmer que Colony offre quelques moments de bravoure, que cette idée de zombies qui forment une sorte d'essaim interconnecté est géniale, que c'est une belle revisite de cette figure horrifique qui a pourtant déjà été explorée en long, en large et (surtout) en travers et qu'elle tente de manière assez correcte de parler en filigrane de notre société actuelle (comme ça a souvent été le cas avec les zombies depuis George Romero), que sur le plan technique le film est très réussi et que ce nouveau type de zombie, ne serait-ce que dans leur façon de se mouvoir, ont vraiment de la gueule.. On est loin de la catastrophe industrielle, il y a de bonnes choses à en tirer et peut-être qu'avec le temps le film remontera dans mon estime. Mais pour le moment, je le trouve beaucoup trop faiblard scénaristiquement pour être considéré comme une réussite.