Alors que se tient un symposium scientifique dans une tour ultramoderne de Séoul, un jeune savant en rupture avec ses pairs libère un virus qui transforme les humains en « zombies »...
Après un premier film de zombies absolument remarquable, « Dernier Train pour Busan » (2016), suivi quatre ans plus tard par une pseudo-suite, « Peninsula », dans laquelle une orgie d'effets spéciaux numériques particulièrement hideux faisait parfois ressembler le film à un jeu vidéo, Yeon Sang-ho persiste dans le genre et remonte nettement le niveau avec « Colony ».
Par rapport à « Dernier Train pour Busan », « Colony » remplace l'horizontalité et le mouvement du train par la verticalité et l'enfermement d'une tour. Ce changement de cadre renouvelle efficacement les situations et permet au réalisateur de jouer sur la progression des personnages à travers les étages comme autant de niveaux d'un cauchemar contemporain. Là où le train de Dernier Train pour Busan figurait une société lancée à toute vitesse vers sa catastrophe, la tour de Colony évoque davantage une organisation sociale hiérarchisée où les rapports de domination et les inégalités se trouvent littéralement inscrits dans l'espace.
Mais ce qui fait surtout l'originalité du film, c'est que les infectés forment une sorte d'organisme collectif. Chaque individu contaminé transmet instantanément ses informations à l'ensemble du groupe, qui peut alors muter en conséquence. Nous sommes ici dans une optique franchement lamarckienne plutôt que darwinienne : les adaptations acquises deviennent immédiatement profitables à toute la communauté. Les zombies cessent ainsi d'être une simple masse décérébrée pour devenir une intelligence collective en perpétuelle évolution, ce qui les rend particulièrement inquiétants.
Ce dispositif permet à Yeon Sang-ho, comme le faisait avant lui l'un de ses inspirateurs les plus évidents, George Romero, d'introduire une dimension politique. Le réseau collectif des infectés s'oppose à un groupe humain miné par les rivalités, l'égoïsme et l'absence de solidarité, critique assez transparente de l'atomisation des sociétés contemporaines, et plus particulièrement de la société sud-coréenne. Mais le film demeure suffisamment ambigu pour que cette communauté des infectés puisse également être perçue comme une métaphore totalitaire : un organisme parfaitement coordonné, soumis à une volonté unique, où toute individualité disparaît au profit du collectif.
Sans atteindre tout à fait la puissance de « Dernier Train pour Busan », « Colony » constitue donc une variation intelligente sur le thème du zombie, suffisamment inventive pour éviter la simple redite et suffisamment riche pour dépasser le cadre du pur divertissement horrifique.