Il y a maintenant deux ans, Visions, de la part de Yann Gozlan, avait constitué une semi déception pour le masqué. Trop froid, pas assez empathique, lorgnant vers l'ésotérique sans véritablement se lâcher, le film ne semblait embrasser que trop rarement ses ambitions suggérées dans sa bande annonce.
Au point que le masqué redoutait, en 2025, que Yann Gozlan ait perdu une bonne partie de son mojo.
Parce que la bande-annonce de son Dalloway intriguait... Sans plus.
Parce que Dalloway renouait, dans sa thématique, avec Un Homme Idéal... Tout comme Visions reprenait le décor de l'aviation civile tel que brillamment exploité dans Boîte Noire.
Cette fois-ci, Gozlan s'offre un escapade dans le monde de l'anticipation, dans de magnifiques décors parisiens tout aussi modernes que crus. Dans une résidence pour artistes high-tech comme un théâtre d'un huis-clos sérieusement influencé par la période de confinement liée au Covid-19, avec toute l'anxiété que cela implique déjà.
Ajoutez-y toute la paranoïa liée au développement des IA dans notre quotidien et la voix singulière, tout aussi douce qu'insidieusement intrusive de Mylène Farmer, et vous obtiendrez tous les éléments d'un thriller domestique efficace, bien au-dessus de films comme L'I.A. du Mal qui ont récemment surfé sur le même thème.
Le duel immatériel entre Cécile et Mylène n'y est pas pour rien, transformant peu à peu le thriller en véritable film d'emprise lorgnant du côté de Misery, embrassant au passage toute la peur que Yann Gozlan semble éprouver quant à l'intrusion, la déresponsabilisation domotique et le contrôle de plus en plus manifeste de nos vies.
Et si Dalloway accuse un léger ventre mou quand il utilise certaines figures du film de pur complot, son maître d'oeuvre se raccroche aux branches de fort belle manière en livrant un portrait de femme au bord du gouffre, fragilisée par la paranoïa intense. Comme une sœur du personnage incarné par Pierre Niney dans Boîte Noire.
Et en nourrissant des questionnements passionnants concernant le facteur humain et toute son intimité, entrelacé dans toute création, et les craintes manifestes liées au grand remplacement numérique. Car au-delà de la souffrance, des doutes et des difficultés de l'artiste pour accoucher d'une œuvre, c'est toute l'irruption soudaine d'une technologie prête à nous dépasser qui, dans Dalloway, pose question et entre en résonance avec l'actualité de plus en plus brûlante et inquiétante de la recherche en la matière.
Yann Gozlan semble nourrir des idées très sombres sur le sujet quand on repense à toute la noirceur et le désespoir de son propos glissant de Misery à une réinterprétation tout aussi glaciale de
L'Invasion des Profanateurs de Sépultures.
Et si oui, Dalloway n'est pas parfait, à l'évidence, il déporte son propos initial vers des terrains de plus en plus inquiétants, dans une projection qui s'emparera de notre monde réel bien plus vite qu'on ne le pense. Dans un frisson d'angoisse qui devrait inviter à privilégier une nécessaire maîtrise à l'exploration béate.
Behind_the_Mask. En plein syndrome de la page blanche.