Decorado
6.7
Decorado

Long-métrage d'animation de Alberto Vázquez (2025)

Il serait peu dire que Decorado a été une très grosse surprise lors du Festival d'Annecy 2026. Si le projet était très attendu, il a souffert d'une sortie à la limite du catastrophique en festival avec une sortie en 2025 au Fantastic Fest dans une indifférence glaçante, avec aucune projection au Festival de Cannes ou à la Mostra de Venise (alors que le film y était attendu car adaptant le court métrage éponyme qui a permis de révéler Alberto Vasquez à l'international grâce à sa projection à la Quinzaine des réalisateurs) avant de passer devant tous les festivals de cinéma de genre avec la même indifférence (dont une sélection à SITGES et aucune projection en France) pour finalement disparaitre des radars et débarquer comme grand outsider de la compétition d'Annecy 2026. Il serait aussi peu dire qu'Alberto Vasquez est un cinéaste au style très radical qui peut facilement diviser, à l'image d'Unicorn Wars ou de Psyconautas qui sont tous deux repartis bredouilles lors de leurs passages à Annecy (sans refaire l'histoire après la guerre, sans doute qu'Unicorn Wars était plus méritant que Le Petit Nicolas qu'est ce qu'on attend pour être heureux). La raison est sans doute que le cinéma d'Alberto Vasquez transpire d'une misanthropie très acerbe et violente, à l'image de Jérémie Clapin, mais que l'espagnol prend un malin plaisir à exacerber pour tirer presque un plaisir à voir l'humain dans ses pires aspects. C'est une proposition à double tranchant, reposant sur une fine ligne entre l'humour noir et une pure mélancolie très cru, le tout avec un mélange de premier degré affirmé et une forme d'ironie très cruelle. La surprise a donc été très grande lorsque le film a été annoncé en compétition officielle au festival d'Annecy, quelques mois avant sa sortie française prévue juste avant le début du circuit festival de genre en France avec l’Étrange Festival (choix curieux et risqué qui prive le film d'une visibilité auprès du public spécialisé qui serait intéressé par le prochain Alberto Vasquez, d'autant plus après son prix surprise à Annecy), et que ce dernier a finalement remporté le prix Paul Grimault, prix "traditionnellement" remporté par la nouvelle vague de long métrage d'animation japonais (Tunnel to summer the exit of goodbies, Totto chan la petite fille à la fenêtre, Planètes), le tout face à une sélection féroce en provenance du Festival de Cannes (In Waves notamment).


Les dix premières minutes sont intenses, éreintante, et profondément épuisante. On est en pleine chute libre dans un portrait sombre et dépressif de la société humaine. Pourtant, là où on pourrait s'attendre à une gradation ou même des moments de légèreté pouvant permettre de respirer, le film engage une chute libre interminable et constante qui épuise le spectateur. Le réalisateur joue alors sur une fine ligne l'obligeant à tenir un rythme extrêmement soutenu et exigeant qui ne supporte pas l'approximation. C'est alors dans ces moments que le réalisateur démontre son talent dans sa maîtrise de la narration et sa manière de trouver des failles pour creuser d'avantage malgré avoir touché le fond, notamment dans des inspirations de Doki Doki Litterature club ou de The Trueman show. Dans le même registre, on peut presque rapprocher la narration à celle Tamaka A Punk cat in dark dans sa manière de toujours mettre en danger son univers et ses personnages, coincé entre différentes perceptions de la réalité. On ressent chaque morts, chaque coup portés sur des personnages autant détruits mentalement que physiquement. La fin du film en est vertigineuse dans le côté méta tant le désespoir humain va jusqu'à détruire tout repère pouvant aider le spectateur à se rapprocher d'une possibilité d'espoir et de survie. Malheureusement, le monde qui nous entoure n'est qu'image et décors où nous sommes amenés à servir des personnes plus puissantes et plus malheureuses encore. À l'image d'Unicorn Wars, le spectateur est placé comme le haut de la pyramide de ce qui détruit tout espoir de rédemption de l'humanité, et le film est beaucoup plus cruel et glauque que son précédent à ce niveau là.


Le souci est que si la descente aux enfers est impressionnante de régularité et d'efficacité, elle est réalisée de manière très artificielle en exploitant des méthodes pas forcément loyale pour frustrer le spectateur. D'une certaine manière, le film tend vers une forme de grotesque avec des plans sur-appuyé par les cadrages et la musique qui soulignent outre mesure qu'il faut ressentir de la tristesse, et assume ce grotesque pour mieux surprendre par la suite. Cela peut aller parfois vers des comportements illogiques (notamment autour des personnages d'influence comme le PDG ou le hiboux du sommet) qui prennent de l'ampleur lorsque la fin arrive et que l'on comprend amèrement qu'un bon tiers du film ne tient que par la volonté de plonger d'avantage dans le désespoir pour être dans le désespoir, avant de raconter quoi que ce soit. Il y a presque une forme de cruauté gratuite servant en parti à mettre en scène une forme de fatalité de la société humaine, mais surtout pour satisfaire une envi de mettre en scène le désespoir. On tombe très souvent dans une forme de misérabilisme et de misanthropie fétichisée où il est plus question de répondre une envi de noirceur plus qu'à une envi réfléchi de questionner la misanthropie de son réalisateur. Cela se ressent surtout dans une forme d'accumulation de thématiques qui ne vont parfois pas ensemble, entre complotisme fantastique et critique sociétale vouée à ne servir à rien lorsque vient le propos de fond final qui condamne le monde à l'extinction de par sa nature même. L'un des points les plus fascinant en rétrospective reste les démons du lac qui peuplent l'univers comme des fantômes et qui vient à trouver une nature nouvelle en fin de film (à l'image des singes dans Unicorn Wars), à la différence qu'ici la métaphore retombe rapidement à plat tant le récit est tordu dans tous les sens dans le seul but de broyer du noir. Mais plus que l'ambiance de plomb, à force de naviguer à vu et à accumuler les situations opportunistes pour plomber artificiellement l'humeur du film, c'est le rythme qui est le plus touché par cette démarche sans règles. Le film traine en longueur et devient pénible à suivre tant on peine à en voir la finalité. Les scènes viennent à durer plus longtemps qu'elles ne devraient (en parti dans une volonté de créer du malaise et de déstabiliser le spectateur une nouvelle fois) et on tombe presque dans une forme de cycle mécanique où tout ce que les personnages entreprennent doivent nécessairement se conclure de la pire des manières, même les choses les plus anodine.


Decorado est le film où Alberto Vasquez par le plus loin (voire même trop loin) et où il me perd le plus dans une démarche tellement appuyée et faite pour de mauvaises intentions qu'elle balaye toutes possibilités de réflexion sur son sujet. Je ne pensais pas qu'on pouvait faire plus sombre et désespéré qu'Unicorn Wars, Alberto Vasquez vient de démontrer que si. C'est franchement dommage que cela soit fait en privilégiant la finalité à la manière, laissant sous que le film a été réalisé avec des intentions misérabiliste non noble qui s'apparente presque à celle de son compatriote espagnol Pedro Rivero dans son exécrable Crise Carnivore, le talent et l'inventivité en plus. En découle un film au final percutant mais qui enterre une bonne moitié de métrage particulièrement poussive et presque gratuite qui n'est fait que pour brasser du noir sans jamais retenir autre chose en retour.


10,25/20


N’hésitez pas à partager votre avis et le défendre, qu'il soit objectif ou non. De mon côté, je le respecterai s'il est en désaccord avec le miens, mais je le respecterai encore plus si vous, de votre côté, vous respectez mon avis.

Créée

le 14 juil. 2026

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Youdidi

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