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Une ville sans nom. Une nuit sans fin. Une classe entière d’enfants qui s’évanouissent dans l’air, comme si l’oubli lui-même avait pris forme humaine. Évanouis, ce n’est pas une enquête. C’est une disparition. Pas seulement des corps, mais des repères, des récits, des certitudes. Zach Cregger, après Barbarian, abandonne le couloir pour le labyrinthe. Il laisse tomber le frisson pour l’effondrement. Évanouis ne raconte pas, il dérègle. Il ne montre pas, il dissout. Zach Cregger signe un film multiple, éclaté, comique parfois, où chaque segment rouvre une plaie, sans jamais en panser l’origine. C’est un film qui ne cherche pas à comprendre. Il cherche à contaminer. La mise en scène, elle, est impassible. Lente. Inquiétante. Comme si chaque plan attendait qu’on le regarde trop longtemps pour révéler ce qui cloche. La lumière est trouble, la caméra presque passive. Tout est à la fois trop proche et trop loin. Le malaise est diffus, sans pic, sans relâche. Cinq récits. Cinq points de fuite. Aucun refuge. Une institutrice au bord du gouffre. Un père qui cherche sans chercher. Un adolescent que le monde oublie. Chaque segment est un miroir noir, et ce qu’on y voit, ce n’est pas le mal : c’est l’indifférence. Ce n’est pas un film sur des enfants disparus. C’est un film sur les adultes qui les ont déjà oubliés. Il y a du Todd Field là-dedans. Du Kiyoshi Kurosawa. Un art de l’évitement. Une terreur sans cri. On pense à It Comes at Night, à The Night House, parfois même à Donnie Darko, mais sans la complaisance du genre. Ici, pas de catharsis, pas de répit. Le dernier quart d’heure… C’est du feu froid. De l’effroi inversé. On ne hurle pas. On s’éteint. Ou on s'éveille. Comme eux. Zach Cregger ne veut pas qu’on sorte du film. Il veut qu’on y reste coincé. Il filme une Amérique malade de ses silences, gangrenée par ce qu’elle refuse de voir. Et au centre : un trou noir. Ce qui a disparu, ce n’est pas seulement une classe d’élèves. C’est le sens même de la mémoire collective. Évanouis est une énigme sans solution, mais dont l’absence même de réponse colle au crâne. Qu'a t-on vraiment compris jusqu'à la dernière seconde ? Comme une voix dans la nuit qu’on entend encore, même après le silence. Note de 16 sur 20.