Évanouis
6.8
Évanouis

Film de Zach Cregger (2025)

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Comme cela fait du bien de voir un film d’horreur « adulte » aussi soigné visuellement, narrativement que thématiquement et qui se montre respectueux du spectateur.

Le rattacher au pur genre fantastico-horrifique est d’ailleurs réducteur terme au vu de la densité du long-métrage et de son mélanges des genres et de tons : pendant une grande partie, « Evanouis » (titre VF basique qui n’a pas la force ni le sens du « Weapons » original) avance masqué en prenant la forme d’un drame/étude de mœurs/thriller où le soin apporté aux personnages et les mystères entourant ces disparations prennent le pas sur l’étrange et l’effroi.


La structure épousant successivement les points des vues des différents protagonistes est évidemment une grande force et originalité dans le genre habituellement si codifié/verrouillé ; nous ne sommes pas tout à fait dans un « Rashomon-like» où chaque personnage présente sa vérité (exemple « Snake Eyes » de De Palma) mais plus dans une reconstitution objective où les différents points de vue aident à assembler patiemment (parfait tempo en termes de rythme) les pièces d’un grand puzzle plein de surprises et rebondissements n’hésitant, dans une approche post-moderne, pas à jouer sur la frustration du spectateur

(l'attaque du Marcus possédé qui sera expliquée plus tard par exemple) .

On n’est pas surpris que Zach Cregger (jusque-là inconnu pour moi ; rattrapage de son précédent film « Barbare » prévu au plus vite) cite « Magnolia » de Paul Thomas Anderson comme une référence tant il prend plaisir à brosser le portrait de ces six personnages si différents (Justine, Archer, Paul , James, Marcus et Alex ; sans compter un personnage bonus : cf spoiler ci-dessous) qui vont se croiser (parfois au détours de coïncidences ; quelques raccourcis scénaristiques pardonnables), évoluer au gré des rencontres

(la relation Justine/Archer suite à l’attaque de Marcus)

et enfin se tous se rejoindre pour résoudre les différents enjeux dans un final cathartique

(Archer retrouve son enfant, Alex se « réconcilie » avec ses parents).

Peut-être un petit bémol sur l’intrique du policier Paul qui semble plus accessoire; un hommage au flic loser à la recherche d’amour interprété par John C. Reilly dans « Magnolia » ?).


Tous les interprètes sont convaincants (d’autant plus remarquable quand on sait que le casting d’origine a dû être remplacé pour cause d’un décalage lié à grève des scénaristes): mention à Josh Brolin avec ce mélange de colère/tristesse et Julia Garner, décidément de plus en plus prometteuse après « Ozark » (principal intérêt de la série selon moi) et « Wolfman ». Mais la vraie surprise vient de

Amy Madigan qui apparait tardivement mais dont la performance dans le rôle de l’antagoniste Tante Gladys va marquer les mémoires de cinéphile. Elle excelle aussi bien dans le grotesque que dans l’angoisse et la peur la plus profonde. La citation de Hitchcock « Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film » trouve ici tout son sens. Le fait qu’il subsiste de nombreuses zones d’ombres autours de cette vraie-fausse tante (ce mystérieux arbre qui lui offre ses pouvoirs) la rend encore plus terrifiante. A l’origine, Cregger devait lui consacrer un chapitre avant de se rendre compte que cela diminuerait son impact ; grand bien lui a pris.

Une des autres grandes qualités de « Weapons » (oui je préfère le titre original) tient dans sa faculté à mélanger les genres, comme évoqué précédemment, et les tons avec notamment un humour bien géré permettant de désamorcer la noirceur de l’œuvre

(voir toutes les épreuves subies par Alex qui renvoient à la maltraitance infantile, le discours autours de cette jeunesse manipulable qui peut servir de bras armé et cette conclusion assez loin du happy end malgré la mort spectaculaire de Gladys).

Comme ce que peut faire le cinéma Coréen, on passe régulièrement d’une scène de pure angoisse à un passage au grotesque assumé sans que cela ne nuise à la cohérence ou crédibilité de l’ensemble :

le final est à ce titre exemplaire avec la fuite de la tante face aux enfants suscitant l’hilarité tandis que les autres personnages sont toujours confrontés à de nombreuses menaces

; une vraie montagne russe émotionnelle totalement réjouissante. D’autant plus que Cregger est particulièrement inspiré dans sa mise en scène (à l’exception de quelques jump scare dispensables) qui sait se faire discrète tout en proposant de beaux morceaux de bravoure : de nombreux plans séquences impressionnants comme cette course poursuite piéton/voiture ou bien le passage

des ciseaux dans la voiture de Justine, chef d'œuvre de tension, qui risque de devenir une nouvelle référence du cinéma d’horreur.

En parlant de référence, le réalisateur les digère suffisamment bien pour se permettre, sans que cela ne froisse le cinéphile, de proposer par exemple un hommage frontal

au cultissime « Here’s Johnny ! » de « Shining ».

Espérons que le succès surprise public/critique de « Weapons » sache faire comprendre aux studios que l’originalité et l’audace sont payantes.

Doof-Warrior
8
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le 29 août 2025

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