Petit contexte croustillant : le scénario d’Évanouis a provoqué un vrai petit séisme en coulisses. Jordan Peele le voulait absolument, au point que, quand il est passé à côté, il a… viré son agent. Et on comprend pourquoi. Un pitch high concept qui aurait pu se glisser comme un gant dans sa filmographie — au croisement du social, du bizarre et du viscéralement intrigant.
Sur le papier comme à l’écran, ça accroche : une narration éclatée en plusieurs points de vue, chacun apportant sa pièce au puzzle, un rythme qui joue sur la tension permanente plutôt que sur les explosions de terreur, et une mise en scène au scalpel. Travail de la lumière chirurgical, cadrages soignés, usage intelligent de l’espace et du hors-champ… On est dans un film qui respire l’horreur d’auteur, plus proche de Hérédité ou It Follows que d’un produit horrifique calibré pour les jump scares même s'il y en a quelques uns.
Ce n’est d’ailleurs pas vraiment un film d’horreur pur : la dimension fantastique n’est jamais complètement expliquée, mais on en comprend le mécanisme. Ce flou volontaire nourrit l’inquiétude et laisse la porte ouverte aux interprétations, tout en maintenant une atmosphère poisseuse qui ne lâche jamais le spectateur.
Ce qui séduit, c’est le soin apporté à l’ambiance et à la contextualisation : tout semble pensé pour que l’intrigue se développe comme une contamination psychologique, plutôt qu’un simple choc visuel. On n’est pas dans le grand frisson gore ou la surenchère, mais dans le malaise maîtrisé, la suggestion, la lente immersion dans l’inconfort.
Bref, Évanouis se situe dans le haut du panier de la mouvance horreur-thriller arty. Il ne plaira pas à tout le monde -certains trouveront le manque d’explications frustrant- mais pour qui aime les films qui laissent un goût persistant et une question en suspens, c’est une petite réussite.
A découvrir!