Je crois bien que Fjord est le pire film qu'il m'ait été donné de voir. Et attention, je ne "punis" pas la Palme d'Or pour une récompense trop injustement reçue. C'est réellement le pire film que j'ai vu, et dieu sait que j'en ai vu des bouses. Aïe, oups, j'ai parlé de dieu, du coup selon le film je vais me retrouver en prison norvégienne... Fjord allie scénario absurde et message politique abject, deux énormes défauts qui sont d'ailleurs liés : puisque le message politique vise à critiquer une situation qui n'existe que dans certains esprits malades de fascisme, il faut tordre le scénario à l'extrême pour arriver à justifier une telle situation, puis sa critique qui en devient évidente - et plate. Mesdames et Messieurs, bienvenue à Bolloréland.
Commençons par le scénario, simpliste : une famille roumano-norvégienne s'installe en Norvège et fait rapidement face aux services de protection de l'enfance pour soupçons de maltraitance et d'éducation catholique. Absolument rien dans le déroulement de la trame principale ne fait sens. Sur simple déclaration des enfants ("oui on a reçu des fessées de temps en temps"), les enfants sont séparés des parents, bébé compris, sans aucun autre examen médical ou psychologique. Le procès est caricatural, avec des déclarations touchantes à base de "c'est quand même pas ouf de séparer des familles comme ça" (ça fait réfléchir), puis un avocat qui demande "ça veut dire quoi l'expression roumaine traditionala familia en anglais svp ?". Ou encore la fameuse fonctionnaire des services sociaux qui dit écouter les enfants - sauf forcément quand ils veulent revoir leurs parents, faut pas déconner. D'ailleurs les adolescents sont bien sûr privés de tout témoignage, puisque sinon le scénario s'écroule. Les enfants sont en outre totalement apathiques, quasiment des objets à ce stade, des êtres sans volonté propre. Point majeur du dossier de l'accusation : les bleus retrouvés sur le corps de la jeune fille... sans que personne ne soit en mesure de dire d'où ils viennent.... Personne ? Si ! La meilleure amie des enfants, qui proclame joyeusement savoir d'où ils viennent et que ce n'est pas du tout la faute des parents ! Ouf, on va pouvoir l'écouter et elle va mettre fin à cette situation absurde ! C'est pourquoi on lui répond fort logiquement et sans ambiguité : "mais ferme-la, on a un scénario à faire avancer et de la propagande infâme à diffuser, viens pas tout bousiller". Bref, on pourrait continuer encore longtemps (la fonctionnaire qui menace de procès la mère lorsqu'elle s'exclame "que dieu me vienne en aide", la tension palpable qui règne dans la salle du procès lorsque la même mère admet avoir déjà giflé ses enfants dans sa vie, le procureur caricatural qui lit ses fiches sans un regard pour les témoins et accusés qu'il interroge...). Je ne sais pas qui a écrit le scénario, mais cette personne mérite assurément la prison : gifler un enfant c'est gravisissme, des dizaines de milliers de spectateurs c'est encore pire. Imaginez tous les traumas...
Le pire, c'est que le film est rempli de détails totalement absurdes même quand ils ne font pas partie de la trame principale. On peut presque se demander parfois si c'est du 36e degré, mais non c'est bien un premier degré pathétique. Lorsque la protection de l'enfance enlève le bébé de la mère, leur voiture démarre en trombe sans aucune raison, venant percuter une boite aux lettres qui n'avait rien demandé à personne. Lorsque la meilleure amie en question se coupe les veines, ses deux amis se précipitent pour la sauver en faisant pile les bons gestes. Ils ont 12 ans les gosses hein. Et c'est loin d'être fini, puisque même des moments potentiellement dramatiques deviennent malheureusement hilarants. J'ai eu mon meilleur fou rire depuis des mois lorsque le vieil homme en fauteuil roulant nous tape son meilleur saut dans l'eau glacée pour, tel un manchot obèse, nous faire le magnifique don d'un trop rare moment de grâce. Et que dire lorsque, dans une scène déjà mentionnée, la mère révèle avoir déjà giflé ses enfants dans sa vie... Une monstruosité digne de M le Maudit, moi je vous le dis.
J'aurais pu gratifier le film d'une meilleure note, si j'avais pris le parti d'en rire et de le considérer au 3e degré grand minimum. Mais le message politique est bien trop problématique pour ça. Là aussi, absolument rien ne va. On comprend vite que la famille est visée car elle vient d'une minorité... la fameuse minorité chrétienne d'Europe de l'Ouest ! Cible de persécutions atroces depuis des millénaires dans cette partie du monde, pleurons pour leurs âmes... Idée pour rendre le film plus crédible : déménager l'histoire à Kaboul, là ok je veux bien ce serait crédible. Deuxième problème, sans doute le plus gros : la toute puissance de l'Agence de la Protection de l'Enfance, présentée comme une véritable Sainte Inquisition, capable de séparer les familles d'un claquement de doigts, sans aucun garde fou ni contrôle judiciaire effectif. Bon, je ne vais pas m'avancer sur le cas de la Norvège, mais dans la plupart des pays occidentaux, le problème est tout l'inverse : les services de protection de l'enfance manquent atrocement de moyens pour faire leur travail, des moyens financiers, humains, aussi des familles d'accueil (même si en Norvège, sorte de paradis peuplé d'elfes blancs, tout le monde est gentil sauf les immigrés et les vilains cathos adeptes du dieu fessée). C'est vraiment créer un ennemi de paille pour le démolir évidemment facilement. Arrive alors le troisième problème : la possibilité d'aller en prison car on a mis une fessée à son enfant. Alors entendons-nous bien, exercer une violence physique sur un enfant est atroce, et c'est bien normal que ce soit illégal, en France également par ailleurs. Mais jamais personne dans l'histoire de l'humanité n'est allé en prison pour une fessée donnée à son enfant (déjà qu'on va à peine en prison quand on commet des agressions sexuelles ou pire sur mineur, bref passons). Faire croire l'inverse, et faire croire à une croisade anti-catholique dans cette partie du monde, c'est de la pure propagande fasciste. Tout simplement à vomir. J'ai lu d'ailleurs quelques critiques dythirambiques sur le prétendu équilibre politique du film. Si jamais leurs auteurs sont sincères, ils sont alors les idiots utiles du fascisme, faut vraiment ouvrir les yeux à un moment. Ce n'est pas parce que le réalisateur, sur 3 minutes à peine, critique implicitement l'homophobie du père de famille ainsi que le ridicule de ses soutiens réactionnaires que le film en devient équilibré. 95% de la bobine est consacrée au prétendu danger du progressisme qui irait trop loin - en séparant les familles, en mettant les parents en prison pour de simples soupçons de violence, sans même parler de maltraitance... L'Etat trop fort, à abattre, contre la famille catholique trop faible, à encenser. Jeanne, sauve-nous !
En fait, c'est assez simple de se rendre compte que Fjord est une pure bouse. Il faut le comparer à La Chasse, film qui traite plus ou moins du même sujet - un professeur injustement accusé de pédophilie. Là où La Chasse est subtil, en détricotant tous les mécanismes absurdes qui poussent tout une ville à haïr et pourchasser un homme au-delà de toute raison, Fjord lui les invente de toutes pièces. Là où La Chasse traite d'un sujet extrêmement grave et compliqué, les soupçons d'agression sexuelle sur mineurs et leur gestion, Fjord se focalise sur la persécution des pauvres catholiques en prenant appui sur un point bien moins sévère et finalement très simple : frapper un enfant c'est mal, mais on ne met évidemment pas des parents en prison pour une gifle. Ca m'a donné envie de réaliser un film, sur la toute puissante Agence de protection du cinéma qui séparerait les spectateurs de ce genre de grosses bouses. Parlons des vrais problèmes de notre temps...