Rien ne m'énerve plus qu'un film qui prétend s'ancrer dans le réel tout en étant autant à côté de la plaque en fuyant toute réalité.
Pourtant, les prémisses avaient du potentiel : faire un long-métrage un peu provoc, qui applique la rhétorique "woke" aux personnes de gauche elles-mêmes pour les appeler à pousser leur réflexion au bout et à être plus empathiques et tolérantes. Pas sûr que ce discours soit la priorité actuellement, mais bon, ça peut créer du débat, pourquoi pas.
Mais comment tu veux faire croire à toute cette situation avec des éléments aussi clichés et improbables ?? Je marche peut-être à l'affect ici mais sincèrement, quand tu es témoin d'à quel point les aides à l'enfance sont lentes et inefficaces même dans des cas sérieux, comment croire à la connerie mise en scène ici ?
Les personnages sont des clichés sur pattes, n'ont aucune personnalité propre, tous les éléments de situation sont improbables (de la manière dont les enfants sont pris aux manifestations en bas du tribunal). On frôle la grossièreté dans certains choix, à croire que soit ton enfant est croyant et privé de jeux vidéos, soit il est LGBT et se taille les veines. Oui Cristian, t'as raison, tout est polarisé aujourd'hui, ils nous font chier ces wokes !! (comment ça les conservateurs aussi ? Ah oui, oui, les deux extrêmes. M'enfin surtout les wokes !!).
Si ton but est de faire un film réaliste qui parle des dérives ou failles du système pour y apporter de la nuance, tu ne peux pas créer un scénario aussi ridicule et peu plausible. Il n'y a pas d'ambigüité, pas de volonté de créer des personnages tangibles, avec des qualités et défauts propres, des tensions intérieures. On se retrouve avec des archétypes mal branlés qui sont réduits au type de mouvement auquel ils appartiennent.
J'avais des voisins octogénaires qui ont passé la séance à dire "roh c'est dingue quand même, c'est pas possible ce qui leur arrive". Bingo ! En effet, c'est pas possible, et c'est bien là le problème.
À l'exception de quelques rares moments plus pertinents sur le racisme systémique (qui aurait fait un meilleur sujet central), le film ne crée aucun débat politique crédible, aucune discussion, il va juste permettre aux réacs de dire "vous voyez quand même les gens de gauche ils sont intolérants hein, tout ça pour des petites fessées, où va le monde". C'est le niveau 0 de la provocation, ce n'est pas une oeuvre complexe mais simplement une oeuvre de mec dans le déni de son apolitisme.
Et puis, on parle beaucoup du traitement de fond, mais la forme est tellement inintéressante. C'est d'un vide esthétique, tout n'est que fonction, des scènes aux personnages : on ne voit aucune tranche de vie, aucun moment de grâce, rien qui n'aère le tout et se détache du pur déroulement du script. Chaque dialogue sert un but précis, chaque séquence mise à part est vide d'intérêt : on se retrouve ainsi avec un film hyper-didactique, exempt de cinéma, avec une dynamique à la Trier où les personnages parlent sans arrêt avec une lumière un peu soignée, c'est chiant à mourir et ça n'élève jamais l'histoire racontée.
Aucune tension ni aucun relief ne naissent dans la façon de filmer, que ce soit dans les relations, dans le quotidien, dans les maisons. C'est ni triste, ni tendu, ni sincère, simplement barbant et grossier. Irritant.