Tout est beau dans ce film. Les décors, les costumes, les lumières : grandioses, fascinants. Des acteurs - mais quels acteurs ! Oscar Isaac, Jacob Elordi Mia Goth, le capitaine du bateau pris dans les glaces... - magnifiques.
La créature qui aurait du donner la grandeur, les honneurs et la gloire à Frankenstein sera une désillusion. Créature et créateurs vont connaître la solitude comme on vit en enfer. Le scientifique voulait une créature à son image ? Raté. La créature peut-elle rêver à l’amour d’un créateur-père ? La créature serait-elle plus humaine que son créateur ? Créateur et Créature ont un point commun : tous deux sont des désillusions, des « fils » décevants. Le premier pour son père, le deuxième déçoit son créateur car il ne semble pas pouvoir évoluer intellectuellement, psychologiquement. Mais comment évoluer, progresser quand Frankenstein offre une éducation basée sur le mépris, le dégoût, la violence et les humiliations. Créateur et créature ont reçu une éducation du manque, d’avilissement et de brimades qui ne peut mener qu’à la violence et à la folie de la destruction … alors qu’il suffit de quelques « gestes et mots d’amour pour changer le cours de la vie d’un être ». Tout n’est qu’ amertume, folie et effroi chez ce Frankenstein alors qu’il a monstrueusement créé un être immortel, d’une puissance (oserai-je dire?) divine. Et là, la chanson merveilleusement interprétée par F Mercury m’a hantée : who wants to live for ever. Le final est d’une grande humilité : la monstrueuse créature donne à son créateur-père une leçon d’humanité. Et seule sur une terre où elle ne trouvera jamais sa place alors qu’elle veut être un homme mortel elle s’engage vers un horizon brumeux, sur une terre glacée.
Est-il nécessaire d’ajouter que j’ai rarement vécu une émotion aussi forte devant un écran maison. Merci Guillermo del Toro.