Quand on fait le malin, il faut assumer, alors à cause de ça, je me suis retrouvé à devoir aller voir ce truc que j'aurais fui comme la peste en temps normal.
Et je vous l'assure, je prie pour que mon voyage en mode juré cannois ne me fasse pas vivre d'autres moments aussi douloureux. "Gueule d'ange" aurait pu aussi s'appeler "The Florida Project chez les cagoles" ou "Hally et Moonee vont à Saint-Cyr-sur-Mer".
Mais là où Sean Baker mettait de la sucrerie pop dans la misère, accouchait d'un manifeste féministe sans complaisance ni voyeurisme, nous faisait passer du rire aux larmes en une fraction de seconde, le tout servi par un vrai regard de metteur en scène, Vanessa Filho fait juste tout l'inverse, se vautrant bien comme il faut dans le bon vieux film social "à la française", prétentieux avec sa touche esthétique de pacotille, sans le moindre point de vue moral sur l'horreur qu'elle nous donne à voir, incapable de faire avancer ses personnages d'un pouce entre la 1ère et la 108ème minute.
Et ma petite cerise sur le gâteau s'appelle Marion Cotillard, qui m'a remis les idées en place et fait oublier ses prestations remarquables chez Desplechin et Audiard, m'apportant la confirmation que seuls des directeurs d'acteurs d'exception sont capables de vous faire oublier un acteur au profit d'un personnage. Fidèle à elle-même, elle en fait des caisses, des caisses et des caisses, tutoyant régulièrement les sommets du ridicule. Et pourtant je ne suis pas certain qu'il s'agissait ici d'un vrai rôle de composition...