Hostiles est un western moderne qui lorgne du côté du western classique, bien qu'on puisse relever des différences. Notamment au début, avec les discussions entre militaires, je n'ai pu m'empêcher de me dire, soixante ans en arrière on aurait expédié ça en trois phrases, et on en aurait dit autant.
Mais en fait cela s'inscrit dans le rythme général. Car Hostiles est lent, volontairement lent.
Nous y suivons le capitaine Blocker, l'esprit enfiévré par des années de guerre indiennes, qui doit pourtant ramener Yellow Hawk, un féroce indien ayant tué au combat plusieurs de ses amis, sur ses terres d'origine.
Et vu qu'ils partent du Nouveau-Mexique en vue d'arriver au Montana, ça promet un sacré voyage!
Voyage que, pour une raison mystérieuse, alors que l'intrigue se passe en 1892, ils décideront de faire intégralement à cheval.
Passons.
Si la date de 1892 interroge, ce n'est sans doute pas un hasard si cela est situé peu après le massacre de Wounded Knee, qui met un terme historique aux guerres indiennes. D'ailleurs, une ligne de dialogue au début du film, sans y faire référence, peut y faire penser, lorsqu'on dit à Blocker que les indiens hostiles, il ne devrait plus y en avoir, et Blocker répond que c'est comme les fourmis, il en reste toujours un peu quoi qu'on fasse.
Le coeur du film, c'est le voyage. Le film sait y renouveler ses enjeux. Blocker se verra obligé de convoyer une femme dont la famille a été victime d'un raid, elle-même au bord de la folie, puis un prisonnier blanc, en plus des prisonniers indiens. Face aux péripéties, le groupe devra bien sûr resserrer ses liens, gagner en solidarité.
Hostiles partage avec le western traditionnel, et c'est tant mieux, un goût pour les décors imposants. Les extérieurs, formant une grande part du film, en plus d'être bien choisis, sont superbes. Son traitement de la question indienne, forcément avec une vision qu'on qualifie de pro-indien, est nuancé et finalement assez complet. Ajoutons que Rosamund Pike y est très bien, dans un rôle bien écrit, ce n'est pas tous les jours que le western offre un personnage féminin si réussi.
Hostiles s'avère donc une très bonne surprise. Il nous montre un ouest en transition, où les soldats regrettent le bon temps des guerres indiennes, ou le gouvernement cherche l'apaisement pour mettre un point définitif aux guerres indiennes, mais où les blessures sont pourtant loin d'être refermées, d'autant que l'ère moderne n'a pas encore étendu son emprise sur l'ouest encore sauvage. Loin de s'aveugler sur son histoire, le film s'ouvre sur une citation pointant la violence inhérente à l'âme américaine.
Cela fait plaisir de voir un western se retourner ainsi sur sa propre mythologie, la questionnant sans pour autant s'en distancier.