La première chose qui frappe dans La femme du dimanche, c'est la composition des plans. La lumière éclaire tout, c'est tellement brillant que les personnages ressortent de l'image comme s'ils jouaient devant des décors peints, sans profondeur. Et pourtant, à bien y faire attention, il y a des zones de flou, soit des visions à travers des vitres semi opaques, soit des instants baignés d'un ton pastel comme si l'image avait été délavée, ou encore des plans de grisaille là où l'esthétique de carte postale semblait appeler un grand soleil.
C'est, à la marge, une histoire d'enquête policière. Mais, à l'instar de nombreux films récents, notamment dans le cinéma chinois, le film de genre cède la place à autre chose, se fait volontiers contemplatif.
Et contemple quoi?
En l'occurrence les travers des riches, mais pas que. Il y a ceux qui sont riches et puissants, qui peuvent tout prendre à la rigolade. Qui le doivent même, car leur cynisme de façade n'est jamais que l'expression d'un ennui existentiel. Comme le personnage des Tribulations d'un chinois en Chine, ils ont tout ce qu'ils veulent, ils ne désirent donc plus rien.
Alors être suspect dans une sordide affaire de meurtre, c'est déjà un amusement. C'est quand même autre chose que de se disputer sur la manière correcte de prononcer "Boston".
Est-ce que cela suppose qu'il vaut la peine de tuer, pour un instant de frisson, comme un Thomas Crown en plus macabre?
Cela je ne peux pas le dire, n'est-ce pas? Parce que pour avoir cette réponse, vous avez un film à voir.
Mais ne compte pas tant la résolution de l'intrigue que les portraits. La victime, sans doute n'est coupable que d'avoir voulu pénétrer un milieu qui n'était pas le sien. Bon, la victime n'est pas du tout symapthique, c'est un fait. Mais au fond, ce n'est pas cela qui se joue.
Le commissaire doit se débattre dans des faux-semblants qui ne font pas semblant d'être autre chose. Les deux suspects du début multiplient les hypothèses, se démènent pour "aider" à résoudre l'énigme. Ils font une partie de cluedo grandeur nature, en somme.
C'est pour la galerie de portraits que le film vaut la peine. En particulier son trio d'interprètes principaux. Marcello Mastroianni en commissaire désabusé mais impliqué malgré tout. Jean-Louis Trintignant en vrai faux cynique, en ce qu'il cherche malgré tout un attachement sérieux dont il semble lui-même incapable. Jaqueline Bisset en rêveuse qui n'a plus de rêve possible, dont les yeux se glacent à force de n'avoir rien à éprouver.
Nous parlions plus tôt de l'image. Une image glacée pour un film glaçant. C'était un programme : aller voir ce que recouvre le vernis.