En 1765, à Arkham, Joseph Curwen s’apprête à offrir une jeune femme au démon Yog-Sothoth afin qu’il se reproduise. Il en est empêché par une foule qui l’immole. Avant de mourir, il jure de revenir se venger. Dans les années 1870, Charles Dexter Ward et son épouse arrivent à Arkham pour prendre possession de l’héritage de son ancêtre Curwen. Ward est bientôt fasciné par un portrait de ce dernier, frappant par leur ressemblance…
« La Malédiction d’Arkham » est généralement considéré comme la sixième des huit adaptations d’histoires d’Edgar Allan Poe réalisées par Roger Corman. Il s’agit pourtant avant tout d’une adaptation du roman « L’Affaire Charles Dexter Ward » de Howard Phillips Lovecraft. Corman souhaitait s’éloigner de l’univers de Poe, mais la société de production American International Pictures entendait continuer à exploiter le filon des adaptations estampillées Poe. Elle imposa donc, contre l’avis du réalisateur, le titre du poème « The Haunted Palace », poème seulement cité à deux reprises dans le film, ce qui relève d’une escroquerie pure et simple.
Le film n’en demeure pas moins, par son atmosphère, très proche des autres adaptations de Poe, notamment en raison de son ancrage dans le XIXᵉ siècle et de son ambiance résolument gothique, alors que le roman de Lovecraft se situe dans les années 1920. Corman y injecte toutefois des éléments typiquement lovecraftiens : la ville d’Arkham, les Grands Anciens (ici Yog-Sothoth), le Necronomicon, ainsi que le thème de la dégénérescence héréditaire.
Au final, nous avons une histoire de possession relativement classique, reposant presque entièrement sur l’interprétation habitée et inquiétante de Vincent Price, capable de passer du personnage de Ward à celui de son ancêtre maléfique en un clignement d’œil. Si les mouvements de caméra sont un peu moins inventifs que dans d’autres adaptations de Poe par Corman — « Le Masque de la mort rouge » notamment — le film n’en reste pas moins une franche réussite grâce aux splendides décors de Daniel Haller, magnifiés par les jeux d’ombres du grand directeur de la photographie Floyd Crosby (Oscar de la meilleure photographie en 1931 pour « Tabou » de Murnau, et Golden Globe pour « Le Train sifflera trois fois » de Fred Zinnemann).