Fred Cavayé condense efficacement l’immense fresque de Victor Hugo en trois heures. Sans révolutionner ce classique maintes fois adapté, sa relecture rappelle qu’en 2026, Les Misérables n’a rien perdu de son universalité.
Début du XIXe siècle, Jean Valjean (Vincent Lindon), jeune adulte, est condamné à quatre ans de bagne pour avoir volé du pain, y passe finalement dix-neuf ans. À sa sortie, les circonstances de la vie lui permettent de se racheter une identité… et une fabrique industrielle. Désormais notable, ce néo-bourgeois pas comme les autres prend sous son aile Cosette (Megan Northam), une enfant abandonnée aux Thénardier (Camille Cottin et Benjamin Lavernhe), un couple d’aubergistes aussi cupides que cruels. Mais c’est sans compter sur la pugnacité de l’inspecteur Javert (Tahar Rahim), déterminé à traquer Valjean et à le renvoyer à son passé de forçat.
Pas besoin d’avoir lu les 2 500 pages et les cinq tomes de la fresque monumentale de Victor Hugo pour que ce synopsis nous évoque quelque chose, tant cette histoire a été adaptée et déclinée au cinéma, au théâtre, à la télévision et même en comédie musicale. Alors pourquoi proposer une énième relecture de ce classique ? Peut-être que la réponse est donnée par Victor Hugo lui-même dans sa préface : « Tant qu'il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »
Et ma foi, en se replongeant dans cette histoire en 2026, dans un climat politique extrêmement polarisé et brutal, à la veille d’un momentum politique critique en France, force est de constater que la portée sociologique de son récit résonne puissamment avec l’actualité. C’est l’un des mérites de Fred Cavayé : parvenir à condenser l’immense roman de Hugo en trois heures sans complètement l’aplatir. Porté par la puissance intrinsèque du récit, le réalisateur maîtrise suffisamment son montage et son rythme pour que cette imposante fresque ne paraisse jamais interminable.
C’est efficace, généreux en termes de reconstitution et de décors, mais aussi sans risque ni surprise. Passe encore la réalisation très classique, mais les dialogues et la direction d’acteur se montrent autrement plus inégaux. C’est verbeux, théâtral et surexplicatif. Le talent du casting permet généralement de faire passer la pilule (le face-à-face entre Vincent Lindon et Tahar Rahim fonctionne plutôt bien), mais pas toujours. Camille Cottin et Benjamin Lavernhe, notamment, cabotinent à qui mieux mieux en Thénardier. On passera également sur une symbolique particulièrement appuyée autour de la rédemption de Valjean, qui porte littéralement sa croix dès le premier plan.
On ne va donc pas jeter Fred Cavayé au bagne : son adaptation est solide, accessible et suffisamment bien menée pour justifier son existence. Mais avec ses trente millions d’euros de budget, elle semble avoir été conçue pour ne surtout brusquer personne. Il ne fallait donc pas s’attendre à une révolution. Celle-là, les bourgeois nous l’ont confisquée. Là encore, Hugo avait raison.