Académique est l'ouvrage, académique sera l'adaptation : telle semble être la devise de cette ribambelle de réalisateurs français, passionnément motivés à adapter notre patrimoine littéraire national en blockbusters.
Alliant alors la réflexion du monument romanesque au rythme effréné du cinéma épique, Les Misérables offre l'opportunité à tous de découvrir l'œuvre de Victor Hugo, dans un format conséquent mais particulièrement accessible. Le travers premier de ce principe est de, inévitablement, perdre grandement en subtilité, tendant vers une surexplication parfois irritante. Cela étant dit, en """vulgarisant""" (entre gros guillemets car le fond reste globalement le même), on peut se permettre quelques écarts à la narration originelle, offrant aux femmes un rôle prépondérant et en permettant à l'objet cinématographique de résonner avec une actualité, marquée notamment par les mouvements lycéens.
C'est alors par ce genre d'adaptation que l'on peut convaincre une majorité, que des œuvres que l'on considère comme réservées aux cours ou désuètes ne le sont finalement pas tant, diffusant un propos intemporel sur l'oppression du peuple et sur la distinction sans cesse floutée entre le bien et le mal. On en retiendra alors un classicisme certain, marqué par quelques plans gracieusement cinématographiés, jouant sur une iconographie religieuse judicieusement employée autour de Jean Valjean.
Le matériel littéraire y est alors pour beaucoup, mais cette nouvelle adaptation reste une œuvre à part entière où le divertissement et le culturel se rencontrent à la perfection, oscillant entre le rire acerbe du couple Camille Cottin-Benjamin Lavernhe et l'austérité tourmentée de l'excellent Tahar Rahim.