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le 11 juil. 2014
SuivreMagnolia Faux Rêveur
Magnolia te prend et t'emmène. C'est un fait. Si tu restes à quai, c'est que tu n'as pas de cœur. Et puis c'est tout. C'est comme une farandole mais avec des gens, un manège qui te fait croire qu'on...
Magnolia est un bon exemple de film qui, entre les mains d’un certain nombre de réalisateurs (même potentiellement bons), aurait viré au grotesque, à la boursouflure hystérique et dégueulante de bons sentiments. Mais le projet repose ici sur les épaules d’un grand réalisateur, qui change en or (ou presque) tout ce qui, ailleurs, aurait été de la boue ; Magnolia est, en conséquence, un film fluide, attachant et ingénieux. On pourrait voir en lui un Amélie Poulain américain, la légèreté en moins : croisement de personnages multiples dont on nous laisse entrevoir l’histoire, discours sur la condition humaine, ton décalé (les dix premières minutes, assez drôles, viennent contrebalancer le drame des deux heures cinquante restantes) et recours au général pour évoquer le particulier, permettant au réalisateur de donner du poids à sa démonstration philosophique, mais aussi au spectateur d’identifier sa destinée parmi celles qu’il croise et de donner à l’œuvre une portée universelle.
Le film coche donc un certain nombre de cases pour attendrir son public, mais aussi pour plaire aussi bien aux spectateurs cinéphiles qu’à ceux qui cherchent surtout du divertissement. Et il y réussit plutôt bien. L’ensemble n’est pas sans défauts, bien sûr : sur trois heures, le rythme est parfois en dents de scie, la « morale » nous est assénée au forceps et PTA nous ressert un peu trop souvent le combo musique mélodramatique envahissante + gros plans sur des visages ravagés de larmes pour être tout à fait honnête. Toutefois, la remarquable maîtrise d’Anderson fait vite oublier ces faiblesses : il n’y a qu’à voir la séquence d’introduction pour s’en convaincre : outre le montage liant très naturellement les personnages entre eux, la caméra capte l’effervescence de tout ce petit monde, sa course contre la montre avant l’Apocalypse, et dit tout de ce que sera le film, avec notamment cette omniprésence de la télévision dont bon nombre de personnages, magnats des médias ou bêtes télévisuelles, auront à pâtir. Le projet du film s’inscrit dans le fait de montrer les coulisses de cette image télévisuelle (en témoigne ce plan-séquence filmant le backstage du jeu télévisé auquel participent certains des protagonistes) et par là, de montrer la « face cachée » de ces êtres présentant bien : casseroles familiales, maladies, addictions, inadaptation sociale, voilà ce que l’on trouve derrière ces visages souriants et ces corps d’apparence saine.
Assez finement, Magnolia brosse ainsi le portrait d’une société américaine malade, écrasée par le culte de l’apparence et de la performance (intellectuelle pour le show des enfants surdoués, sexuelle pour le coach en séduction vendant ses conférences comme des shampooings) au point de pousser sous le tapis ses éléments les plus fragiles. Ainsi, l’ancien candidat surdoué du show des enfants est devenu un looser solitaire et oublié de tous, la fille du présentateur, victime des abus de son père, soigne péniblement son traumatisme dans la coke en le regardant jouir d’une totale impunité (et d’une gloire conséquente) à la télé, et le gentil flic écoute placidement à la radio un homme (que l’on devine très beau) lancer une petite annonce pour trouver une compagne, en sachant que lui-même, moins doté par la nature, ne peut se permettre de lancer une annonce similaire. Comme d’autres films de cette époque (on pense bien sûr à Requiem for a dream, qui sortira un an après), Magnolia parle de l’envers du rêve américain, qui derrière son hypocrite promesse de « l’égalité des chances » ne dissimule que le système hiérarchique le plus cruel.
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Créée
le 13 juil. 2026
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le 11 juil. 2014
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