Dans la nuit noire d'une petite ville anglaise, une troupe d'acteurs itinérants et les habitants sont réveillés par des cris : deux actrices ont dîné ensemble, l'une est morte, tuée à coups de tisonnier, l'autre prétend ne se souvenir de rien. Et pour embrouiller encore l'énigme, qui a vraiment bu le brandy ?


S'ensuit un jugement rapide, qui a pu inspirer Twelve Angry Men, où un seul homme, l'acteur annobli Sir John Menier, doute de la culpabilité de Diana Baring. Mais il flanche et, contrairement à Henry Fonda, vote lui aussi la mort. Sauf que le remord le taraude et finit par l'emporter, avec l'ouverture de Tristan et Isolde en musique de fond (un indice que l'on finira par comprendre). Le voilà transformé en acteur-détective, s'aidant de deux membres de la troupe que le crime a mis sur le carreau, le régisseur Ted Markham et sa femme Doucie, elle-même actrice. Ils vont finir par comprendre que la clef du meurtre est une tare secrète très faulknérienne (et qui, comme Absalon! Absalon! en recouvre une autre).


Murder est un who dunit bien classique, sans suspens ni énigme dirimante, ce dont Hitchcock semble peu se soucier. Son propos n'est pas là. Le réalisateur passait pour mépriser les acteurs, alors que son film leur est un hommage vibrant… du moins à ceux du théâtre, et même au cirque, tout le spectacle vivant, en somme. Il faut voir ces comédiens interrogés en coulisses, qui répondent aux policiers tout en se costumant, qui soudain s'écrient : "My line !", passent sur scène en un quart de tour, lancent leur réplique au milieu d'un dialogue qu'ils paraissaient n'avoir pas écouté, repassent derrière le rideau avec des effets de tourniquet, se décostument, se recostument, changent de personnages, se refont interroger, et puis : "My line !" et c'est le retour sur scène. C'est sûr qu'à côté, Holywwod et ses stars névrosées, bourrées de cachets et de whisky, pas foutues d'apprendre quatre lignes sans se tromper, devaient le faire bouillir. Hommage au théâtre que ces jurés, vociférant et cernant Sir John pour le faire fléchir, qui se fait choeur grec ou d'opéra. Jusqu'au dernier plan qui nous dupe, dans une illusion comique à la Corneille ou à la Calderón. Et c'est par un jeu d'acteurs que l'énigme sera devinée, le coupable confronté. "J'ai appliqué la technique de la vie aux problèmes de mon art, mais aujourd'hui, j'applique la technique de mon art aux problèmes de la vie réelle".


Troisième film parlant d'Alfred Hitchock, sorti en 1930, on y retrouve cette fantaisie, cette audace de caméra qui tournoie et voltige comme si elle était à l'épaule, cette façon de s'amuser avec les fondus enchaînés et les superpositions d'images, qui montrent combien le cinéma du premier tiers du XXe s. a pu être poétique, inventif, libre dans ses explorations et expérimentations techniques, au moins jusque dans les années 40, où il s'assagit, devient plus efficace, fait moins bricolage, mais perd une bonne partie de sa poésie visuelle. Ensuite, avec la couleur, ç'en fut fini des magnifiques effets d'ombres et de lumières du noir et blanc. Ce fut un peu comme passer en BD de Little Nemo in Slumberland à la ligne claire.

SandrineAlexie
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le 11 janv. 2026

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Sandrine Alexie

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