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Film appliqué.
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le 13 nov. 2025
Contrairement à ce que pourrait sous-entendre la sobriété du titre du film, le procès de Nuremberg sur les écrans, ce n'est pas nouveau. Dès 1961, du vivant d'une grande partie des protagonistes, sortait Judgment at Nuremberg, avec entre autres Burt Lancaster, Marlene Dietrich et un William Shatner encore poupon, longtemps avant une mini-série américaine (en l'an 2000) et une autre britannique (en 2006), sans parler d'une pléthore de documentaires en tous genres, aux premiers rangs desquels L'Empreinte de la Justice de Marcel Ophuls (celui-là même du Chagrin et la Pitié) et De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif, incontournable pour les lycéens des années 90 et 2000 comme moi.
Tout cela pour dire que pour se démarquer, cette version 2025 réalisée par James Vanderbilt avait bien besoin d'un angle original. Elle l'a trouvé en se penchant du côté du banc des accusés. Quiconque s'intéresse un tant soit peu à la création et au déroulement du procès aura entendu parler du travail de Gustave Gilbert, psychiatre embauché par l'US Army pour établir un profil psychologique de chacun des vingt-deux dignitaires nazis appelés à répondre de leurs crimes, alors que le nom de son associé, Douglas Kelley, est quelque peu tombé dans l'oubli.
C'est pourtant lui le principal protagoniste du film, campé par Rami Malek, qui revêt l'uniforme kaki pour la première fois depuis son apparition remarquée dans The Pacific (à noter au passage que Gilbert, pour sa part, est interprété par Colin Hanks, fils de, qui figurait dans un épisode de Band of Brothers, la série "grande sœur" de The Pacific). Ambitieux et excentrique, il compte bien se faire un nom en publiant le résultat de ses analyses. Il faudra toute la probité du procureur délégué par la Maison Blanche, Robert Jackson, pour lui faire comprendre les enjeux du procès - et le passif de ses patients.
Ce bref synopsis met en exergue les atouts mais aussi les limites du film de Vanderbilt. L'accroche est intéressante, fascinante même ; la quasi-complaisance de Kelley en fait l'antithèse d'un boyscout, et à ce titre un interlocuteur idéal pour explorer les perversités et les motivations de sa drôle de patientèle. Malheureusement, à l'instar de Jackson lui-même, l'ampleur du contexte reprend trop souvent le dessus. Ce ne serait pas si terrible si Vanderbilt n'était pas aussi pesant et didactique dans sa direction, ne se permettant que ça et là de trop rares audaces ou fantaisies (le truculent flashback de la capture de Rudolf Hess, par exemple).
En parlant de Hess, Nuremberg se prend aussi les pieds dans le tapis en ce qui concerne ses antagonistes. Intelligemment, le script ne met l'accent que sur une poignée d'entre eux, et non l'ensemble du banc. À tout seigneur tout honneur, c'est le Maréchal du Reich Hermann Göring qui se taille la part du lion - j'y reviendrai. Les autres "heureux élus" sont le secrétaire d'état deux fois susmentionné, le ministre du travail Robert Ley, le propagandiste Julius Streicher et le grand-amiral Karl Dönitz. Hélas, non seulement aucune de leur personnalité n'est vraiment creusée, mais le film se désintéresse même totalement d'eux à mi-chemin. Dommage, même si je pense qu'Albert Speer et Hans Frank auraient constitué des profils plus intéressants à explorer.
Nous voilà donc laissés avec Göring, ce qui n'aurait pas été pour déplaire à l'intéressé. Si l'on m'avait dit à la sortie de Gladiator ou Master and Commander il y a près de vingt-cinq ans que le sex-symbol Russell Crowe interpréterait un jour "der dicke Mayer" j'aurais ri aux éclats. J'aurais eu grand tort, car Crowe confirme une nouvelle fois qu'il sait tout faire et qu'il est l'un des meilleurs acteurs du monde. Comme le personnage de Kelley lui-même, il est difficile de ne pas se laisser envoûter par son charme bonhomme, mais aussi effrayer lorsque sa vraie nature remonte à la surface.
Le hic, une fois encore, c'est qu'il est un peu seul, car en face de lui Malek est franchement à côté de la plaque. Je l'ai beaucoup aimé dans plusieurs de ses rôles précédents, l'ayant même défendu dans le James Bond Mourir peut attendre, mais ses grands yeux exorbités et sa diction chevrotante commencent à lasser. Il va falloir se renouveler un peu, Rami. Les seconds rôles (Michael Shannon, John Slattery, Richard E. Grant...) sont solides mais n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Nuremberg n'est certainement pas le film de référence sur le sujet, mais reste une approche intéressante quoiqu'un tantinet schizophrène sur une page d'histoire incontournable, à hauteur d'hommes. Le film de James Vanderbilt vient rappeler que ce nous prenons comme acquis en matière de justice pour les crimes contre l'humanité était loin de l'être, et à ce titre sans doute plus fragile que nous ne sommes prêts à l'admettre. Oh, et que Russell Crowe est toujours cro bien, après toutes ces années.
Créée
le 6 déc. 2025
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