Nuremberg
6.3
Nuremberg

Film de James Vanderbilt (2025)

Ça utilise un peu trop les grosses ficelles du drame hollywoodien, avec carrément des plans de face sur des grosses larmes qui viennent aux yeux des personnes qui regardent les vidéos filmées dans les camps dits "de travail", flonflon les violons et compagnie MAIS c'est aussi monté avec l'efficacité d'un blockbuster hollywoodien et les codes de dramaturgie qui vont avec. Pour le meilleur et pour le pire comme on peut l'imaginer car il y a toujours une bonne marge de manoeuvre dans ces films "inspirés de faits réels", sans qu'on sache vraiment ce qui tient de l'anecdote inventée ou de celle vraiment rapportée. Quasi blockbuster parce que même si dans les faits on n'est pas dans l'action à toute berzingue et qu'il ne s'agit que d'un film de procès, et surtout d'avant-procès, on trouve toujours régulièrement de quoi s'intéresser, par les dialogues notamment, entre le médecin-confident et l'accusé principal qui occupe les 2/3 du film : Göring, le second d'Hitler.


Non là où je vois que le bât peut blesser, d'où la note générale relativement faible (ou pas) pour un film de cette trempe au rythme finalement plutôt bien mené, c'est à cause de l'humanisation qui est faite des nazis, du troufion au dignitaire. Ce ne sont pas des monstres, ce ne sont pas des extraterrestres, c'est monsieur et madame tout-l'monde qui a vu une aubaine, qui a saisi une opportunité de carrière, comme l'avait bien relevé Chapoutot en précisant le fait que les premiers nazis sont des jeunes diplômés à qui on n'a pas donné leur chance et qui voient là des opportunités d'emploi et surtout d'élévation sociale qu'ils n'auront pas ailleurs.


Discours qui déstabilise, certes, surtout à notre époque où la maxi-gouache parle de dédiabolisation du RN, comme si diaboliser qui que ce soit était une bonne idée, on voit bien ce que ça donne maintenant que c'est le la les LFI qui se fait diaboliser... Parce qu'en vrai le film montre bien que le fasciste du 3e reich de haut rang c'est juste ton costard-cravate BCBG d'école de comex qui à un moment donné s'est dit qu'agiter le chiffon de l'ordre l'ordre l'ordre était une bonne idée pour s'attirer les bonnes faveurs et accessoirement asseoir sa domination sur tout un pays. Pour la sécurité. Pour la prospérité. Macron Thévenot quoi. Ou Prisca Macron, je sais jamais. Car après tout comme disait Chapoupou c'est un ancien nazi haut-gradé dans la division SS qui a fondé les premières écoles de commerce, Höhn.


Humanisation a priori à outrance heureusement bien nuancée par une révélation finale d'une noirceur qui contrebalance la jusqu'alors bonhommie d'un Göring presque rendu sympathique par sa collaboration amicale avec le médecin américain, ces liens qui de facto se tissent au fur et à mesure des échanges et des paroles rapportées par le médecin entre la famille de Göring et ce dernier.


En somme pour une fois on a affaire à un film sur les nazis qui ne contient pas que des boeufs éructants qui ne se distinguent que par la taille et la forme du kepi, comme un tas homogène élevé en batterie. Non là sur 3 cas symptomatiques du nazisme on a un éventail de personnalités : le finaud cardio-narcotique, l'amnésique mythomane et l'apprenti Führer. Même si pour le coup Streicher correspond exactement au stéréotype du nazi gueulard dans le film. Un Hitler de poche présenté comme un larper/larbin simp de l'autrichien qui se faisait plus allemand que les allemands. Présenté encore comme un grand bébé Cadum qui pleure dans sa cellule quand il est seul, se recroqueville en larmes pour échapper à sa condamnation et finalement finit par se pisser dessus comme toute poussière en passe de retourner à la poussière.


On a donc le plus souvent en face de nous des figures et des postures de gestionnaires, du fait de leurs responsabilités sous le Reich, mais aussi pour mieux montrer les têtes pensantes d'une mécanique mortifère. Comme dans La zone d'intérêt au final, le malaise et les remords en moins. Humanisés certes, mais pas forcément pour les montrer à leur avantage. Surtout pour les montrer comme des fanatiques adorateurs d'idoles prêts à devenir des Barbe Bleue si la fin justifie les moyens.

Adrast
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2026

Créée

le 31 janv. 2026

Critique lue 25 fois

Adrast

Écrit par

Critique lue 25 fois

2

D'autres avis sur Nuremberg

Nuremberg

Nuremberg

6

JorikVesperhaven

2395 critiques

Film appliqué.

Le procès de Nuremberg où certains dignitaires nazis ont été jugés par les Alliés est un moment crucial de l’Histoire, juste après la Seconde Guerre Mondiale, qui a finalement été peu vu sur les...

le 13 nov. 2025

Nuremberg

Nuremberg

7

Behind_the_Mask

1492 critiques

Une manière de terminer la guerre

Je suis tombé récemment sur un sondage assez inquiétant : en 2025, une proportion non négligeable de français indiquait n'avoir jamais entendu parler du mot shoah ou holocauste.Faisant réfléchir sur...

le 4 févr. 2026

Nuremberg

Nuremberg

6

Cinephile-doux

8257 critiques

Le nazi et le psychiatre

Des documentaires, quelques films de télévision et des quantités de livres d'histoire... Le principal procès du XXe siècle est bien celui de Nuremberg, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Le...

le 30 nov. 2025

Du même critique

Samurai Champloo

Samurai Champloo

5

Adrast

320 critiques

Douche froide.

D'emblée, Samurai Champloo se laisse regarder en se disant qu'on voit un énième manga détroussé de son scénario, foutu aux oubliettes avec son cousin l'originalité. L'absence d'intrigue est ce qui...

le 23 févr. 2011

Indiana Jones et le Temple maudit

Indiana Jones et le Temple maudit

5

Adrast

320 critiques

(In)dyspensable

Je suis vraiment mitigé. Tout d'abord, c'est très long à démarrer, avec des scènes qui s’enchainent un peu sans queue ni tête sans aucune réelle incidence mais du pataquès en veux-tu en voilà : et...

le 11 nov. 2015

Bref.

Bref.

5

Adrast

320 critiques

Euh... ouais. On peut m'expliquer ?

Raconter la vie d'un type normal à tendance naze, c'est bien. Et quand en plus elle est racontée par ce même type, ça force la sympathie. Mais quand ça se regarde à la chaîne avec pour réaction...

le 10 sept. 2011