N'ayant initialement pas prévu d'aller découvrir Obsession en salle, l'engouement général m'a poussé à tester mes limites face à un film présenté comme tétanisant. Bilan : aucune immense frayeur engendrant une certaine déception face aux retours dithyrambiques, mais un malaise permanent particulièrement dérangeant, appuyant un propos rusé par son originalité.
L'identité visuelle forgée par Curry Barker est initialement déroutante : tout est démesurément sombre, empêchant de réellement s'attarder sur le cadrage des décors, poussant alors le spectateur à se concentrer sur ce faible éclairage, illuminant partiellement le visage des différents protagonistes. Si l'obscurité me paraît excessive en tant que telle techniquement parlant, il est indéniable que c'est bien elle qui engendre un stress malaisant tout au long de l'œuvre : impossible de voir un jumpscare arriver, improbable de trouver un personnage entrant en scène, difficile d'être dérangé par les effets pratiques en tant que tel. Tout passe par un biais psychologique intensément exploité, participant grandement au processus horrifique et lançant le propos majeur de l'œuvre.
Une fois le vœu réalisé et l'intrigue réellement démarrée, beaucoup de plans mettent en scène Nikki statique, dans l'obscurité, le visage masqué par le manque de lumière : ce processus insiste avec ruse sur le fait qu'une fois obsédée par Bear, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Mené avec une grande originalité, le scénario tout entier consiste à dépeindre l'égoïsme typiquement masculin, selon lequel ce sont eux seuls qui décident d'une relation ou non. Il s'agit uniquement du protagoniste qui fait le choix du vœu, et piège Nikki dans un amour dont elle ne semblait pas vouloir (enfin, le doute est laissé en suspens mais partons du principe que ce n'est pas le propos le cas échéant). Menant la jeune femme à la folie, interprétée brillamment dans son horreur par Inde Navarrette, cette obsession malsaine incarne la toxicité des relations d'emprise, détruisant définitivement la psyché de la victime.
Décrire au sein d'une œuvre horrifique l'emprise amoureuse par ce procédé scénaristique est une idée brillante, mais je reste persuadé que Obsession aurait pu glacer le sang encore plus, s'il ne s'encombrait pas de scènes présentes uniquement pour l'effet choc : je parle ici des situations excessives, déstabilisant moralement le spectateur et accentuant un effroi me semblant bien superflus, pensant alors au repas préparé par Nikki pour ne citer que cela. Le sujet et les choix de mise en scène, sobres mais brillants, me semblaient bien suffisants pour terrifier, bien loin de certains excès empruntés.
Pour autant, je trouve dans cette œuvre un grand sens de la métaphore, forgeant alors la peur permanente et un propos particulièrement pertinent. Le tout conserve quelques maladresses dans son déroulé, mais n'en reste pas moins une œuvre cochant tous les critères de l'horreur psychologique, entre sensations et réflexion.